"Dans l'analyse, la vérité surgit par ce qui est le représentant le plus manifeste de la méprise – le lapsus, l'action qu'on appelle improprement manquée. Nos actes manques sont des actes qui réussissent, nos paroles qui achoppent sont des paroles qui avouent. Ils, elles, révèlent une vérité de derrière. A l'intérieur de ce qu'on appelle associations libres, images du rêve, symptômes, se manifeste une parole qui apporte la vérité. Si la découverte de Freud a un sens, c'est celui-là – la vérité rattrape l'erreur au collet dans la méprise." (S.I, 30/06/1954)
Vérité, Erreur
Dans le discours commun, l'erreur surgit logiquement de la contradiction, et c'est de parvenir à un discours levant - dialectiquement - toute contradiction, jusqu'au savoir absolu, que s'emploie idéalement (illusoirement) tel système philosophique. Mais dans la conception freudienne, c'est le discours commun qui se meut ordinairement dans l'erreur, ou dans la méconnaissance, et au contraire c'est la VERITE qui fait irruption au détour de paroles qui ont toutes les caractéristiques de la méprise ou de l'insignifiance, nullement celles de la contradiction. Et donc ce n'est pas la voie de la psychanalyse de placer le sujet devant ses contradictions dans le but de parfaire son éducation, encore moins pour le faire accéder au savoir absolu !
Voyeurisme, Voile
L'objet propre du VOYEUR n'est pas directement la chose ou la forme convoitée, mais entre présence et absence, disons que c'est le voile qui la recouvre - et finalement le moment de son découvrement - qui fait tout l'intérêt de la chose. De même que dans l'acte de s'exhiber, le réjouissant n'est pas directement de montrer quelque chose que l'autre n'a pas, c'est la surprise (et la honte, des deux côtés) provoquée par cet acte de donner à voir, là encore, un mixte d'absence et de présence, le manque comme tel.
"Ce dont il s'agit n'est pas tant de voir, de subir l'emprise de ce qui est vu, que de chercher très exactement à voir, à épier comme on dit, ce qui à la fois y est et n'y est pas, car ce qui est, à proprement parler, visé dans la relation dont il s'agit, c'est quelque chose qui est là en tant qu'il reste voilé." (S.IV, 03/04/1957)
Trauma, Refoulement
Le TRAUMA est comme un vide creusé au coeur du sujet, quelque chose qui se détache de son monde symbolique mais qui va agir à son insu par sa force refoulante, véritable noyau à partir duquel vont se former les refoulements successifs et - puisqu'au fond c'est la même chose - la succession des symptômes à venir.
"Le trauma, en tant qu'il a une action refoulante, intervient après-coup, nachträglich. A ce moment-là, quelque chose se détache du sujet dans le monde symbolique même qu'il est en train d'intégrer. Désormais, cela ne sera plus quelque chose du sujet. Le sujet ne le parlera plus, ne l'intégrera plus. Néanmoins, ça restera là, quelque part, parlé, si l'on peut dire, par quelque chose dont le sujet n'a pas la maîtrise. Ce sera le premier noyau de ce qu'on appellera par la suite ses symptômes." (S.I, 19/05/1954)
Transfert, Résistance
Le TRANSFERT par lui-même peut être une cause de résistance (manifestée par le silence du patient, même si parfois le silence peut-être rempli de sens) lorsque le transfert est trop intense ou précipité, ne laissant pas au patient le temps nécessaire pour réaliser le travail.
"Le sujet, avouant son histoire en première personne, progresse dans l'ordre des relations symboliques fondamentales où il a à trouver le temps, résolvant les arrêts et les inhibitions qui constituent le surmoi. Il y faut le temps... Si le transfert se fait trop intense, il se produit un phénomène critique qui évoque la résistance, la résistance sous la forme la plus aiguë où on puisse la voir se manifester – le silence... Le transfert devient un obstacle quand il est excessif. Il faut dire aussi que, si ce moment arrive en temps opportun, le silence prend toute sa valeur de silence – il n'est pas simplement négatif, mais il vaut comme un au-delà de la parole. Certains moments de silence dans le transfert représentent l'appréhension la plus aiguë de la présence de l'autre comme tel." (S.I, 07/07/1954)
Transfert, Imaginaire
Le TRANSFERT a pour fonction la reconstitution d'un imaginaire tronqué, grâce à la médiation de l'analyste qui renvoie au sujet une image complétée de son moi et, symétriquement, un écho de son propre discours.
"C'est par l'assomption parlée de son histoire, que le sujet s'engage dans la voie de la réalisation de son imaginaire tronqué. Cette complémentation de l'imaginaire s'accomplit dans l'autre, à mesure que le sujet l'assume dans son discours, en tant qu'il le fait entendre à l'autre... Tout ce qui se profère de A, du côté du sujet, se fait entendre en B, du côté de l'analyste. L'analyste l'entend, mais, en retour, le sujet aussi. L'écho de son discours est symétrique au spéculaire de l'image." (S.I, 07/07/1954)
Trait d'esprit, Sens
Le tour de force du TRAIT D'ESPRIT est de faire surgir, par la voie métaphorique, un sens nouveau là où la seule métonymie ne produit dans un premier temps que non sens et sidération ; c'est dire qu'entre-temps le message est passé à l'Autre, et que le désir peut renaître sur les traces d'une première satisfaction, relancée, transfigurée grâce à l'apparition de ce sens nouveau.
"C'est par l'action de la métaphore que se produit le surgissement du sens nouveau, pour autant qu'empruntant certains circuits originaux elle vient frapper dans le circuit courant, banal, reçu, de la métonymie." (S.V, 05/12/1957)
Trait d'esprit, Pas-de-sens
Dans l'équivoque du TRAIT D'ESPRIT se joue un peu-de-sens qui est tout le contraire du non-sens, de l'absurde généralisé. Le peu-de-sens est plutôt un appel à l'Autre à authentifier le jeu lui-même, celui qui "consiste à jouer sur la minceur des mots à soutenir un sens plein" (S.V, 05/12/1957) dit Lacan. Interrompant le chemin sans fin de la métonymie, le trait d'esprit interroge la valeur des mots pour l'Autre qui doit entendre la demande de sens comme sens à venir ; il manifeste littéralement un pas-de-sens dans la mesure où il est métaphore, franchissement de la valeur commune, substitution d'un signifiant par un autre exprimant le désir au-delà du besoin.
"Qu'est-ce que fait là le trait d'esprit ? Il n'indique rien de plus que la dimension même du pas comme tel, à proprement parler. C'est le pas, si je puis dire, dans sa forme. C'est le pas vidé de toute espèce de besoin. C'est là ce qui, dans le trait d'esprit, peut tout de même manifester ce qui en moi est latent de mon désir, et c'est quelque chose qui peut trouver écho dans l'Autre, mais non pas forcément." (S.V, 05/12/1957)
Trait d'esprit, Inconscient
Le TRAIT D'ESPRIT se présente comme un message inattendu, décalé par rapport au code, de nature à nous faire entendre quelque chose de l'inconscient. Or contrairement au comique (qui se suffit d'une relation duelle), cette différence doit être sanctionnée comme trait d'esprit par l'Autre en position de tiers (il n'y a aucun trait d'esprit si personne d'autre, au moins virtuellement, ne s'en aperçoit), autrement dit c'est l'Autre qui intègre le message dans le code et en délivre la dimension de vérité.
"De si près que nous voulions serrer l'essence du trait d'esprit, ce qui ne manque pas d'entraîner chez nous je ne sais quelle diplopie mentale, ce dont il s'agit toujours, et qui est ce que fait expressément le trait d'esprit, c'est ceci - il désigne, et toujours à côté, ce qui n'est vu qu'en regardant ailleurs." (S.V, 21/10/1957)
Trait d'esprit, Désir
Le TRAIT D'ESPRIT ne révèle pas directement un désir, mais justement la difficulté du désir à être nommé par le signifiant (alors même qu'il ne peut pas être communiqué autrement que par le signifiant) ; ce à quoi le trait d'esprit supplée avec un certain bonheur en soulignant cet achoppement du signifiant, en modifiant le message initial, non plus depuis le code, mais depuis l'Autre comme sujet.
"Ce qui, dans le trait d'esprit, supplée, au point de nous donner une sorte de bonheur, à l'échec de la communication du désir par la voie du signifiant, se réalise de la façon suivante - l'Autre entérine un message comme achoppé, échoué, et dans cet achoppement même reconnaît la dimension au-delà dans laquelle se situe le vrai désir, c'est-à-dire ce qui, en raison du signifiant, n'arrive pas à être signifié. Vous voyez que la dimension de l'Autre s'étend ici un tant soit peu. En effet, il n'est plus seulement là le siège du code, il intervient comme sujet, entérinant un message dans le code, et le compliquant." (S.V, 08/12/1958)
Trait d'esprit, Autre
Contrairement au comique, qui peut se suffire du rapport duel entre deux personnes, le TRAIT D'ESPRIT exige la ternarité, la présence au moins virtuelle d'un tiers, témoin de cet écart de sens commis au regard du grand Autre du langage.
"Le trait d'esprit comporte toujours la notion d'une troisième personne : on raconte un trait d'esprit de quelqu'un, devant quelqu'un d'autre, qu'il y ait ou non réellement les trois personnes, il y a toujours cette ternarité nécessaire, essentielle dans le déclenchement du rire par le trait d'esprit." (S.IV, 10/04/1957)
Temps, Parole
Le TEMPS, surtout dans sa dimension présente, est constitutif de l'acte de la parole. Plus généralement ce sont les règles mêmes du langage telles qu'elles nous sont imposées par l'Autre, soit quiconque utilise le langage avant nous, qui rendent possible tout repérage dans l'ordre de la temporalité. L'inconscient lui-même, dans sa temporalité spéciale, non linéaire, ne s'origine t-il pas dans cette prévalence du discours de l'Autre ?
"Le temps, dans sa constitution même : passé-présent-futur, ceux de la grammaire, se repère et à rien d’autre qu’à l’acte de la parole." (S.VI, 08/04/1959)
Symbolique, Sujet
Le SYMBOLIQUE, qui est la condition même d'existence du sujet, se donne sous sa forme élémentaire comme pure alternance signifiante - ainsi dans le va-et-vient d'un petit objet dans le jeu de l'enfant (fort-da).
"[Le « fort-da »] à savoir ce moment que nous pouvons considérer comme théoriquement premier de l’introduction du sujet dans le symbolique, pour autant que c’est dans l’alternance d’un couple signifiant que réside cette introduction, en rapport avec un petit objet quel qu’il soit : disons une balle ou tout aussi bien un petit bout de cordon, quelque chose d’effiloché au bout de la couche, pourvu que cela tienne et que cela puisse être rejeté et ramené." (S.VI, 03/06/1959)
Symbolique, Sujet
Tout ce qui touche et concerne le sujet dans son existence, dans ses relations avec l'autre, tout ce dont il peut témoigner dans la cure, cela relève essentiellement du SYMBOLE, ou plus exactement de la jonction de la réalité et du symbole. Etant acquis que le canevas symbolique où le sujet se trouve empêtré lui préexiste très largement, ce qui ne veut pas dire qu'il ne puisse être modifié ou reconfiguré : une partie peut toujours être rejouée, les dés peuvent toujours être relancés, les oracles peuvent toujours se contredire !
"La partie essentielle de l'expérience humaine, celle qui est à proprement parler expérience du sujet, celle qui fait que le sujet existe, se place au niveau du surgissement du symbole... Il y a longtemps que la partie est engagée. Tout ce que je vous souligne fait déjà partie d'une histoire sur laquelle on peut prononcer tous les oracles possibles et imaginables. C'est pour cela que les augures ne peuvent pas se regarder sans rire." (S.II, 12/05/1955)
Symbolique, Mort
La fonction SYMBOLIQUE préside à ce que Lacan appelle "la détermination du sens", soit cette raison dissimulée dans le discours du sujet que tente de reconstituer l'analyse en promouvant une parole vraie. Le moi lui-même désigné comme grand illusionniste, "fonction de méconnaissance", est également affecté jusque dans son fonctionnement imaginaire par l'intrusion du symbolique, elle-même réplique de l'intrusion originelle, biologique, de la mort, à l'orée du développement de tout être humain marqué par la prématuration de la naissance.
"Que le moi lui-même soit fonction de la relation symbolique et puisse en être affecté dans sa densité, dans ses fonctions de synthèse, toutes également faites d'un mirage, mais d'un mirage captivant, cela, vous ai-je enseigné également la première année, n'est possible qu'en raison de la béance ouverte dans l'être humain par la présence en lui, biologique, originelle, de la mort, en fonction de ce que j'ai appelé la prématuration de la naissance. C'est le point d'impact de l'intrusion symbolique." (S.V, 21/10/1957)
Symbolique, Parole
Dans l'univers SYMBOLIQUE, tout commence par la parole avec laquelle on est reconnu, jusqu'à ce que la structure des symboles se mette à fonctionner toute seule, comme détachée de l'activité du sujet : c'est le propre de la machine.
"J'explique que c'est en tant qu'il est engagé dans un jeu de symboles, dans un monde symbolique, que l'homme est un sujet décentré. Eh bien, c'est avec ce même jeu, ce même monde, que la machine est construite." (S.II, 08/12/1854)
Symbolique, Mort
La dialectique du maître et de l'esclave se déroule essentiellement sous l'égide du SYMBOLIQUE, car elle comprend un but (la domination par le prestige), un enjeu (le risque de mourir, pour le maître, le risque de la servitude pour l'esclave), et surtout une règle du jeu (le vaincu devra travailler pour le maître, sans obtenir pour autant sa reconnaissance, sauf dans le travail lui-même au-delà du maître) acceptée depuis le début par les deux parties. C'est-à-dire que la confrontation duelle originelle, sous le signe apparent de l'imaginaire (le sentiment de puissance ou d'orgueil d'un côté, le sentiment de faiblesse et de peur de l'autre, et un rapport fantasmé à la mort), n'a aucune consistance autre que mythique et donc déjà symbolique, car cette lutte ne tombe pas de nulle part, elle était attendue, rendue inévitable par les lois de la communauté.
"En effet, à partir de la situation mythique, une action s'organise, et s'établit la relation de la jouissance et du travail. Une loi s'impose à l'esclave, qui est de satisfaire le désir et la jouissance de l'autre. Il ne suffit pas qu'il demande grâce, il faut qu'il aille au boulot. Et quand on va au boulot, il y a des règles, des heures – nous entrons dans le domaine du symbolique. Si vous y regardez de près, ce domaine du symbolique n'est pas dans un simple rapport de succession avec le domaine imaginaire dont le pivot est la relation intersubjective mortelle. Nous ne passons pas de l'un à l'autre par un saut qui irait de l'antérieur au postérieur, à la suite du pacte et du symbole. En fait, le mythe lui-même n'est concevable que cerné déjà par le registre du symbolique, pour la raison que j'ai soulignée tout à l'heure – la situation ne peut être fondée dans je ne sais quelle panique biologique à l'approche de la mort." (S.I, 09/06/1954)
Symbolique, Loi
C'est la fonction SYMBOLIQUE, c'est-à-dire finalement la relation à la loi, qui définit la configuration imaginaire de notre moi ; c'est l'idéal-du-moi qui commande au moi-idéal.
"Qu'est-ce que c'est que la liaison symbolique ? C'est, pour mettre les points sur les i, que socialement, nous nous définissons par l'intermédiaire de la loi." (S.I, 31/03/1954)
Symbolique, Intersubjectivité
La relation intersubjective est avant tout échange SYMBOLIQUE, c'est le maniement du symbole qui possibilise l'absence de la chose, sa raréfaction, sa valorisation, finalement toute forme d'échange, et c'est le symbole qui va s'incarner jusque dans le vécu imaginaire des sujets pour le moduler. Il en résulte que l'imaginaire, même quand il paraît omniprésent comme chez l'enfant, n'est accessible que par les voies du symbolique.
"Pour l'enfant, il y a d'abord le symbolique et le réel, contrairement à ce qu'on croit. Tout ce que nous voyons se composer, s'enrichir et se diversifier dans le registre de l'imaginaire part de ces deux pôles. Si vous croyez que l'enfant est plus captif de l'imaginaire que du reste, vous avez raison en un certain sens. L'imaginaire est là. Mais il nous est absolument inaccessible." (S.I, 02/02/1954)
Symbolique, Election
L'habilitation à certaines fonctions, de même que l'attribution de certains titres, revêtent une valeur élective hautement SYMBOLIQUE qui dépassent largement les simples capacités, toujours mesurables, acquises par le sujet soit par son expérience soit par sa formation. Il existe des qualifications purement symboliques qui demandent un engagement - et un acquiescement - total du sujet, jamais anticipable, et qui se traduisent par une reconnaissance ou une légitimation répondant à un système de relations symbolique transcendant la valeur des individus.
"Il est tout aussi extravagant, par rapport à la réalité, de dire je suis psychanalyste que je suis roi. L'un et l'autre sont des affirmations entièrement valables, que rien ne justifie pourtant dans l'ordre de ce qu'on peut appeler la mesure des capacités. Les légitimations symboliques en fonction de quoi un homme assume ce qui lui est conféré par d'autres échappent entièrement au registre des habilitations capacitaires." (S.I, 07/07/1954)
Symbolique, Corps
La psychanalyse nous enseigne que le fonctionnement de nos organes peut être déterminé, parfois perturbé durablement et de façon souvent inappropriée (cas de l'énurésie), en fonction de la valeur SYMBOLIQUE spéciale qu'auront pris certains comportements infantiles apparemment anodins (faire dans ses culottes), en certaines circonstances (la première fois est souvent déterminante), avec pour conséquence que ces fonctions corporelles se retrouvent dotées d'une charge émotionnelle spéciale (excitation érotique, honte, etc.) pouvant affecter jusqu'à leur régularité.
"Toutes les particularités, les bizarreries, le rythme même de vos réactions vagosympathiques, tient à la façon dont les questions se sont introduites dans votre histoire historisée-historisante, dès que vous savez parler." (S.II, 12/05/1955)
Symbole, Pensée
Aucun progrès de la pensée se serait possible sans la préexistence du SYMBOLE, qui lui-même n'existe que dans un univers symbolique où il trouve place et signification. Peu importe comment le symbole est apparu, mais entre le symbole et la chose il y a un abîme, et ce gap est celui qui sépare le monde humain du monde animal.
"Penser, c'est substituer aux éléphants le mot éléphant, et au soleil un rond. Vous vous rendez bien compte qu'entre cette chose qui est phénoménologiquement le soleil - centre de ce qui court sur le monde des apparences, unité de la lumière – et un rond, il y a un abîme. Et si même on le franchit quel progrès sur l'intelligence animale ? Aucun. Car le soleil en tant qu'il est désigné par un rond ne vaut rien. Il ne vaut que pour autant que ce rond est mis en relation avec d'autres formalisations..." (S.I, 09/06/1954)
Surmoi, Symbolique
Le SURMOI, autrefois nommé "censure" par Freud, est une instance clivante intégrée au système symbolique du sujet, plus précisément à l'inconscient du sujet qui constitue lui-même une scission induite par ce système. La scission produite par le surmoi trouve son origine dans une intégration problématique et limitée de la loi (en tant qu'elle émane d'un système symbolique propre à une communauté, dépassant le sujet et s'imposant à lui) - le surmoi est cette réduction même, cet échec de la loi, et son insistance d'autant plus tyrannique.
"Un énoncé discordant, ignoré dans la loi, un énoncé promu au premier plan par un événement traumatique, qui réduit la loi en une pointe au caractère inadmissible, inintégrable – voilà ce qu'est cette instance aveugle, répétitive, que nous définissons habituellement dans le terme de surmoi." (S.I, 19/05/1954)
Surmoi, Loi
En tant que commandement le SURMOI est une émanation de la loi, mais une version insensée de la loi, donc aussi bien une destruction de la loi ; c'est qu'il n'en reste que pure violence, oppression, morale à courte vue, comme une parole primitive à peine prononcée et déjà destructrice, écho du traumatisme infantile qui l'a fait naître.
"Le surmoi est à la fois la loi et sa destruction. En cela, il est la parole même, le commandement de la loi, pour autant qu'il n'en reste plus que la racine. La loi se réduit tout entière à quelque chose qu'on ne peut même pas exprimer, comme le Tu dois, qui est une parole privée de tous ses sens." (S.I, 10/03/1954)
Sujet, Parole
La philosophie a trop longtemps oublié que le SUJET, avant d'être le corrélat supposé des objets de connaissance, se présente d'abord comme sujet de la parole ; ce dont prend acte la psychanalyse, car cet oubli est d'autant moins tenable à repérer les occurrences où le discours semble s'effectuer tout seul, à l'insu du moi conscient. Quant à l'objet, il est bien présent et même insistant en arrière-plan de la parole, d'une part logiquement comme ce qui est désiré (sinon pourquoi parler ?), d'autre part pour supporter ce sujet dans son existence, ce sujet livré à une existence par et dans le langage, où il ne peut ex-sister qu'en s'éclipsant derrière un signifiant censé le représenter - d'où la nécessité, à cet instant, de se raccrocher à ce quelque chose qu'est précisément l'objet.
"L’objet se trouve être ce quelque chose qui n’est pas le corrélatif et le correspondant d’un besoin du sujet, mais ce quelque chose qui supporte le sujet au moment précisément où il a à faire face, si l’on peut dire, à son existence, qui supporte le sujet dans son existence, dans son existence au sens le plus radical, à savoir en ceci justement qu’il ex-siste dans le langage." (S.VI, 10/12/1958)
Sujet, Parole
L'objectivation - inévitable - de toute parole à partir du dit n'empêche pas que le sujet du dire, dès lors qu'il peut toujours mentir, demeure distinct de ce qu'il dit : cela justifie pleinement le concept de sujet parlant, non pas au niveau de la conscience (où il se confondrait avec le sujet savant, support du monde objectal ), mais au niveau de l'inconscient, soit une instance capable de mentir "en connaissance de cause" dit Lacan, donc non sans le savoir, pourtant en dehors de la conscience et de façon décentrée par rapport à l'ego.
"Qu'est-ce que nous appelons un sujet ? Très précisément, ce qui, dans le développement de l'objectivation, est en dehors de l'objet… Le sujet parlant, nous devons forcément l'admettre comme sujet. Et pourquoi ? Pour une simple raison, c'est qu'il est capable de mentir. C'est-à-dire qu'il est distinct de ce qu'il dit. Eh bien, la dimension du sujet parlant, du sujet parlant en tant que trompeur, est ce que Freud nous découvre dans l'inconscient." (S.I, 19/05/1954)
Sujet, Moi
La célèbre formule "Je est un autre" signifie d'abord un certain décentrement du sujet par rapport au moi individuel. Le fait de nommer ce Je "l'inconscient", de la part de Freud, ne se justifiait conjoncturellement que par l'assimilation traditionnelle du moi avec la conscience.
"Avec Freud fait irruption une nouvelle perspective qui révolutionne l'étude de la subjectivité et qui montre précisément que le sujet ne se confond pas avec l'individu... Nous nous en tiendrons pour l'instant à cette métaphore topique - le sujet est décentré par rapport à l'individu. C'est ce que veut dire je est un autre." (S.II, 27/11/1954)
Sujet, Fantasme
Le SUJET, comme parlant et (donc) désirant, se présente divisé face à l'objet a dans le fantasme ($◊a), et cette coupure indique que le sujet est ici présent comme sujet du discours, du discours inconscient.
"Rien de plus original dans cette notation, que cette petite barre qui rappelle que le sujet, à ce point d’acmé de la présentification du désir, est lui-même marqué par la parole... Cette notation signifie que dans le fantasme le sujet est présent comme sujet du discours inconscient. Le sujet est là présent en tant qu’il est représenté dans le fantasme par la fonction de coupure qui est la sienne, essentielle, de coupure dans un discours." (S.VI, 24/06.1959)
Sujet, Enonciation
Le SUJET sur lequel on opère en psychanalyse, le sujet de la parole, c'est le sujet de l'énonciation, "Je". S'il est capable de se compter, de se représenter, c'est seulement comme sujet de l'énoncé, "moi". En tant que tel il est inconscient, sauf à confondre les deux sujets comme dans le trait d'esprit involontaire du jeune enfant lorsqu'il énonce : « J’ai trois frères, Paul, Ernest et moi ».
"Le sujet humain, quand il opère avec le langage, se compte... « J’ai trois frères, Paul, Ernest et moi. » Jusqu’à une étape assez avancée, cela lui paraît tout naturel... Simplement l’enfant n’a pas trouvé la bonne formule qui serait évidemment celle-ci : « Nous sommes trois frères, Paul, Ernest et moi. Il est clair qu’il faut qu’un pas soit franchi pour qu’en somme ce dont il s’agit, à savoir que la distinction du « je » en tant que sujet de l’énoncé et du « je » en tant que sujet de l’énonciation, soit faite, car c’est de cela qu’il s’agit." (S.VI, 04/12/1958)
Sujet, Coupure
Le SUJET est cette instance capable d'exercer une coupure ou de marquer une ponctuation dans le discours, au point de s'identifier avec cette coupure ou ce suspens comme à son être le plus réel - mais un être divisé de sa pensée (immanente au discours), et plus encore exclu de ce monde (signifié par le discours).
"C’est en tant que la coupure est à la fois constitutive et en même temps irrémédiablement externe au discours en tant qu’elle le constitue, qu’on peut dire que le sujet, en tant qu’il s’identifie à la coupure, est verworfen. C’est bien à cela qu’il s’appréhende et se perçoit comme réel." (S.VI, 24/06.1959)
Sujet, Autre
Puisque c'est dans l'élément du langage, en présence de la demande, que le SUJET est introduit comme tel, il est nécessaire symétriquement que l'Autre soit posé comme un sujet auprès duquel il puisse se faire reconnaître à son tour. Reconnaissance qui est foi en la parole de l'Autre, en l'absence de tout "Autre de l'Autre", de tout signifiant dernier qui puisse garantir la véracité de cette parole.
"C’est pour autant que l’Autre est un sujet comme tel que le sujet, à ce moment, s’instaure et peut s’instituer lui-même comme sujet, que s’établit à ce moment ce nouveau rapport à l’Autre par quoi il a, dans cet Autre, à se faire reconnaître, non plus comme demande, non plus comme amour, mais comme sujet." (S.VI, 13/05/1959)
Sujet, Autre
Le SUJET que l'on écrit "barré", ainsi marqué par les conditions qui le constituent - à savoir d'une part l'Autre en tant que lieu de la Parole, et d'autre part tout autre sujet parlant - n'est nullement réductible à l'Individu égocentré.
"Le sujet est autre chose qu'un soi-même, ce que l'on appelle d'un mot élégant en anglais le self... Ce n'est pas le sujet du rapport au monde, du rapport de l’œil au monde, du rapport sujet-objet qui est celui de la connaissance. C'est le sujet qui naît au moment de l'émergence de l'individu humain dans les conditions de la parole, et en tant donc qu'il est marqué par l'Autre lui-même conditionné et marqué par les conditions de la parole." (S.V, 25/06/1958)
Sujet, Autre
Le SUJET, tout comme l'Autre, n'apparaît pas génétiquement à partir du besoin ; il implique d'emblée tout le système, l'ensemble du circuit de la parole avec lequel il se confond.
"Ne vous imaginez pas que le sujet soit au départ du besoin - le besoin, ce n'est pas encore le sujet. Alors, où est-il ? Le sujet, c'est tout le système, et peut-être quelque chose qui s'achève dans ce système. L'Autre est pareil, il est construit de la même façon, et c'est bien pour cela qu'il peut prendre le relais de mon discours." (S.V, 18/12/1957)
Sujet, Autre
Le SUJET est toujours un Autre que lui-même en tant qu'il pense son être, puisqu'il pense nécessairement du lieu de l'Autre et que rien, aucun signifiant depuis cet Autre, ne saurait répondre de l'être du sujet.
"Je ne suis pas celui-là qui justement est en train de penser que je suis, pour la simple raison que du fait que je pense que je suis, je pense « au lieu de l’Autre », je suis un autre que celui qui pense que je suis. Or la question est que je n’ai aucune garantie d’aucune façon que cet Autre, par ce qu’il y a dans son système, puisse me rendre, si je puis m’exprimer ainsi, ce que je lui ai donné : son être et son essence de vérité... Il n’y a dans l’Autre aucun signifiant qui puisse dans l’occasion répondre de ce que je suis." (S.VI, 08/04/1959)
Sublimation, Pulsion
Si la pulsion est présente dans la SUBLIMATION en tant que désexualisée, c'est bien parce que sa forme peut se réduire au pur jeu du signifiant, c'est parce qu'en elle, accroché à la lettre, se coule le désir indestructible de l'homme (ce qui pourrait se dire aussi de la perversion).
"Qu’est cette notion si nous ne pouvons pas la définir comme la forme même dans laquelle se coule le désir ! Puisque ce qu’on vous indique, c’est justement qu’elle peut se vider de la pulsion sexuelle en tant que telle, ou plus exactement que la notion même de pulsion, loin de se confondre avec la substance de la relation sexuelle, c’est cette forme même qu’elle est : jeu du signifiant." (S.VI, 01/07/1959)
Subjectivité, Symbolique
La SUBJECTIVITE ne se réduit en aucun cas à l'individualité en tant que somme d'expériences autocentrées, ou concentrées sur une ligne de développement unique, car tout indique que l'expérience humaine est organisée par un univers de symboles transcendant l'individu. Or justement au niveau individuel, la subjectivité n'est rien d'autre que l'un de ces systèmes structurants dont les productions les plus décentrées peuvent se retrouver notamment dans les symptômes.
"Je vous donne une définition possible de la subjectivité, en la formulant comme système organisé de symboles, prétendant à couvrir la totalité d'une expérience, à l'animer, à lui donner son sens." (S.II, 08/12/1954)
Subjectivité, Réel
La psychanalyse se penche en effet sur la SUBJECTIVITE, non pas au sens où elle serait une psychologie ou une théorie de la connaissance présupposant son objet, mais la subjectivité en tant qu'elle se rencontre dans le réel imprévisible de la parole, soit dans un sujet capable de manier, de jouer avec le signifiant, et donc aussi capable de nous tromper sur ce qu'il y a à signifier. C'est bien là l'enjeu premier de tout rapport au réel, y compris aux objets physiques, comme l'a bien illustré Descartes avec son hypothèse du dieu trompeur, et c'est de ce sujet fondateur de la science - exclu par elle en retour - et des conditions d'une parole vraie que s'occupe la psychanalyse.
"Le subjectif est donc pour nous ce qui distingue le champ de la science où se base la psychanalyse, de l’ensemble du champ de la physique. C’est l’instance de cette subjectivité, comme présente dans le réel, c’est cela qui est le ressort essentiel qui fait que nous disons quelque chose de nouveau quand nous (pointons) une série de phénomènes d’apparence naturelle qui s’appellent les névroses par exemple." (S.III, 11/04/1956)
Structure, Symbolique
Une STRUCTURE anthropologique, telle que mise en avant dans l'ordre de la parenté et de la famille par Lévi-Strauss, ne peut être dite "élémentaire" (et non primitive) que par son caractère universel, et cette universalité elle-même est une pure conséquence de la fonction symbolique en tant qu'elle s'est généralisée (globalement et d'un seul coup) dans le monde humain, se superposant en quelque sorte à l'ordre naturel. Il est clair que l'inconscient relève d'un tel univers symbolique, n'ayant aucune espèce d'origjne naturelle et encore moins "surnaturelle" (sauf à le confondre avec une sorte de psyché para-animale, occulte et subsistante, le fameux "inconscient collectif").
"Or c'est ce que suppose aussi bien l'inconscient tel que nous le découvrons et le manipulons dans l'analyse... Il ne s'agit pas de supposer quelque part une âme commune où tous ces calculs auraient lieu, il ne s'agit d'aucune entification psychologique, il s'agit de la fonction symbolique. La fonction symbolique n'a absolument rien à faire avec une formation para-animale, une totalité qui ferait de l'ensemble de l'humanité une espèce de grand animal - car en fin de compte, c'est ça, l'inconscient collectif." (S.II, 01/12/1954)
Structure, Signifiant
En tant que définie a minima comme un ensemble (ouvert ou fermé) d'éléments covariants, toute STRUCTURE relève de l'ordre du signifiant, c'est-à-dire de relations formelles pouvant s'établir dans certains cas sous forme de lois, mais dont la validité ne se mesure jamais en terme de "signification".
"Des éléments comme le synchronisme, comme le diachronisme, sur lesquels nous avons appris à mettre l’accent dans l’analyse du rapport du signifiant et du signifié, se retrouvent dans la structure... Car si ce n’était pas le signifiant que nous y cherchions, nous n’y trouverions rien du tout. Dégager une loi naturelle, c’est dégager une formule signifiante, moins elle signifie quelque chose, plus nous sommes contents." (S.III, 11/04/1956)
Structure, Explication
En toute démarche scientifique, l'analyse d'une série de phénomènes n'est justifiable que d'en dégager une STRUCTURE - c'est-à-dire des relations d'opposition ou de symétrie itérables - qui permette effectivement d'expliquer et pas seulement de "comprendre" (bien souvent simple reconnaissance formelle d'un sens sous-jacent). C'est bien que ce qui est rendu nécessaire dans l'approche des psychoses, à savoir que la seule présence de l'inconscient n'explique rien, sa seule reconnaissance ne résout rien si l'on ne dégage pas des rapports structuraux recevables et réapplicables.
"Il ne faut pas reculer devant le mot, si nous avons fait un certain temps en psychiatrie cette sorte de marche en arrière qui a consisté à nous dire que nous nous méfions de l’explication, que nous préférons d’abord comprendre, c’est sans aucun doute parce que la voie explicative s’était engagée dans de fausses voies, dans des impasses. Mais nous avons quand même pour nous le témoignage de l’efficacité explicative de l’investigation analytique, et c’est dans ce sens que nous avançons dans ce domaine des psychoses, avec la présomption que là aussi une analyse convenable du phénomène nous mènera à la structure et à l’économie." (S.III, 15/02/1956)
Signifiant, Trace
La différence entre un SIGNIFIANT et une trace, c'est que le signifiant peut se conserver en s'effaçant lui-même : le signifiant, par exemple une croix, indique que quelque chose a été effacé, par exemple une trace de pas, et en inaugurant la possibilité de s'annuler (trait sur trait) il parvient à se perpétuer lui-même en même temps que la mémoire de la trace (tandis qu'une trace se superposant à une autre ne fait que la supprimer définitivement ou la modifie irrémédiablement).
"Le signifiant spécifique est quelque chose qui se présente comme pouvant être effacé lui-même et qui justement dans cette opération de l’effacement comme tel subsiste. Je veux dire que le signifiant effacé, déjà se présente comme tel, avec ses propriétés propres au « non-dit ». En tant qu’avec la barre j’annule ce signifiant, je le perpétue comme tel indéfiniment, j’inaugure la dimension du signifiant comme telle." (S.VI, 10/12/1958)
Signifiant, Signification
Le recours au SIGNIFIANT ou à la signifiance comme telle, de la part de la psychanalyse, est un gage de rigueur scientifique, en tout cas structurale, là où toute une phénoménologie psychologisante se contente de suivre les pistes bien trop intuitives - et si convenues, si prévisibles - de la signification.
"Elle (la phénoménologie) glisse au domaine de la signification, c’est-à-dire qu’elle est conduite comme une chienne à la piste, et que tout comme la chienne, ça ne la mènera absolument jamais à aucune espèce de résultat scientifique... La recherche et le recours essentiel au signifiant, est le seul fondement de toute structuration scientifique concevable et possible." (S.III, 11/04/1956)
Signifiant, Signification
Le fait de comporter une signification, pour un SIGNIFIANT, est chose assez secondaire : le propre du signifiant est d'abord d'être distinct, et l'on pourrait même concevoir l'apparition d'un signifiant pur, purement distinct de la signification. Donc les significations libidinales mises à jour par l'analyse ne devraient pas être dogmatisées, sacralisées en dehors des lois signifiantes qui les produisent.
"Essayez ce que peut être l’apparition d’un pur signifiant, de ce signifiant que nous pouvons d’abord concevoir comme tellement distinct en lui-même de la signification. Il faut que nous pensions que ce qui distingue le signifiant c’est vraiment cela, d’être distinct, c’est-à-dire d’être en lui-même sans signification propre, l’apparition d’un pur signifiant, c’est là quelque chose bien entendu que nous ne pouvons même pas imaginer, par définition." (S.III, 18/04/1956)
Signifiant, Sens
La notion de SIGNIFIANT commence avec l'unité phonématique et, au sein du système de la langue, avec la double relation diachronique (chaine) / synchronique (substitution). Ce sont ces fonctions signifiantes élémentaires qui engendrent le sens, et accessoirement ce que Freud a identifié comme étant des formations de l'inconscient.
"La notion d'élément signifiant a pris son sens plein dans l'évolution concrète de la linguistique à partir du dégagement de la notion de phonème. Elle nous permet de prendre le langage au niveau d'un registre élémentaire doublement défini - comme chaîne diachronique, et, à l'intérieur de cette chaîne, comme possibilité permanente de substitution dans le sens synchronique. Elle nous permet également de reconnaître au niveau des fonctions du signifiant une puissance originelle où nous pouvons localiser un certain engendrement de ce qui s'appelle le sens." (S.V, 20/11/1957)
Signifiant, Saint-Esprit
Ce que la religion appelle Saint-Esprit n'est rien d'autre que la survenue globale du SIGNIFIANT dans le monde, et la possibilité donnée à son utilisateur de supprimer tout signifié, la vie elle-même, par le fait qu'il soit en capacité de le nommer : la pulsion de mort est le corollaire strict de la venue au monde du signifiant dans ces conditions (disons par l'opération du Saint-Esprit).
"C'est très précisément à cette possibilité de suppression, de mise entre parenthèse de tout ce qui est vécu, qu'est liée l'existence dans le monde en tout cas de rapports possibles de l'homme avec le signifiant dans son ensemble... C'est la mort qui est le support, la base, l'opération du Saint-Esprit par laquelle le signifiant existe." (S.IV, 05/12/1956)
Signifiant, Réalité
Tout expérience humaine ne se conçoit qu'à l'intérieur d'un certain cadre SIGNIFIANT. 1) Aucune approche de la mort, l'impensable par excellence, ne serait envisageable sans la médiation du langage qui permet de l'évoquer tout en la maintenant à distance. 2) Aucune différenciation sexuelle en termes de polarité mâle-femelle ne serait concevable humainement sans les signifiants qui la forgent, la valident et l'entretiennent. 3) Ce que nous appelons la réalité elle-même intègre un certain système pré-installé de signifiants, et il n'y aurait aucun sens, par exemple, à pointer une supposée déconnexion de la réalité chez le psychotique si cette réalité n'était pas déjà préformée, saturée de signifiants, avec lesquels justement le sujet peine à s'articuler pour trouver la bonne distance avec ses objets (le complexe d'Oedipe fait partie de ces "rites" de passage incontournables).
"La réalité à laquelle nous avons affaire est profondément soutenue, tramée, par cette tresse de signifiants qui la constitue, et le rapport de l’être humain avec ce signifiant comme tel est quelque chose dont il nous faut détacher la perspective, les plans, la dimension propre pour savoir seulement ce que nous disons quand nous disons, par exemple dans la psychose, que quelque chose vient à manquer dans la relation du sujet à la réalité." (S.III, 31/05/1956)
Signifiant, Emergence
S'il est possible de parler d'émergence à propos du SIGNIFIANT, et même d'émergence fugace, évanouissante - non sans laisser une trace dont la la plus prégnante est la voix au niveau de ce signifiant accompli qu'est la parole, dans un mouvement de passage qui est transmission - il convient en complément se souligner la faculté pour tout signifiant de disparaître, de s'annuler lui-même, littéralement de se barrer - chutant de telle place qu'il occupait dans la constellation symbolique, se décon-sidérant et puis laissant à dé-sirer.
"Quant à la question de l'émergence, un point est essentiel à saisir, c'est que le signifiant comme tel est quelque chose qui peut être effacé, et qui ne laisse plus que sa place, c'est-à-dire - on ne peut plus le retrouver. Cette propriété est essentielle, et fait que, si l'on peut parler d'émergence, on ne peut pas parler de développement. En réalité, le signifiant la contient en lui-même. Je veux dire que l'une des dimensions fondamentales du signifiant, c'est de pouvoir s'annuler lui-même." (S.V, 23/04/1958)
Signifiant, Communication
Ce qui peut définir une communication dans l'ordre propre du SIGNIFIANT, ce n'est pas la nature du message ni la signification qu'il emporte, ni même le fait qu'il y ait un retour (effet de feed-back à la portée d'une machine), c'est plutôt qu'un acte de pure convention - comme un accusé de réception - et donc purement signifiant, sans signification ajoutée, puisse le sanctionner. C'est ainsi qu'on fait entrer les subjectivités dans la raison propre de l'univers symbolique, où le signifiant se fait tout à tour à tour symptôme au contact avec le corps, fétiche au contact avec l'objet, hallucination au contact avec le réel, question aux prises avec le manque, ou bien vient lui-même à manquer (quand il s'agit de désigner justement la vie, la mort...).
"L’isolement du signifiant comme tel, nécessite qu’à partir du moment où au niveau du récepteur ce qui est important ce n’est pas l’effet du contenu du message, ce n’est pas l’hormone qui du fait qu’elle survient va déclencher quelque part dans l’organe telle ou telle réaction, c’est qu’au point d’arrivée du message, on prend acte du message... C’est l’accusé de réception qui est l’essentiel de la communication en tant qu’elle est non pas significative, mais signifiante." (S.III, 11/04/1956)
Signifiant, Autre
Il faut concevoir la structure signifiante comme un espace topologique où c'est la place du SIGNIFIANT en l'Autre qui importe et sa faculté de se substituer à lui-même. C'est exactement ce qui se passe dans la dialectique de la demande où, faute de satisfaction, le sujet s'identifie à celui qui peut effectivement accéder à sa demande.
"Le signifiant est essentiellement de nature substitutive par rapport à lui-même. Dans cette direction, nous voyons que ce qui importe, c'est la place qu'il occupe dans l'Autre." (S.V, 23/04/1958)
Sexualité, Symbolique
La psychanalyse nous enseigne que la position SEXUELLE du sujet est liée à une reconnaissance symbolique qui s'effectue pour l'essentiel au moment du complexe d'Oedipe ; le sujet doit réaliser s'il est un homme, ou s'il est une femme, et ce que cela signifie - par exemple être en capacité de procréer. Or le fait symbolique s'accompagne d'une dissymétrie (qui serait gommée dans le meilleurs des mondes imaginaire) entre les sujets mâles et les sujets femelles dans l'accès à leur identité sexuelle. D'une part la question initiale (qui est aussi celle de toute névrose) reste fondamentalement la même et porte sur la castration maternelle. D'autre part l'identification à l'objet paternel est également un passage obligé pour les deux sexes, ce qui ne facilite pas les choses pour la fille s'agissant de conquérir sa féminité, mais facilite son installation dans la névrose - celle-ci pouvant sembler une solution acceptable (puisque l'identification au père consiste à l'aimer), inversement l'identification névrotique chez le garçon sera plus difficile à assumer.
"Si la reconnaissance de la position sexuelle du sujet, comme telle n’est pas liée à l’appareil symbolique, l’analyse et le freudisme n’ont plus qu’à disparaître, ils ne veulent absolument rien dire." (S.III, 14/03/1956)
Sexualité, Symbolique
La position SEXUELLE chez l'être humain, en tant que réalisée et pleinement accomplie, est déterminée fondamentalement et symboliquement par la traversée (diversement réussie) d'une relation conflictuelle, elle-même fortement symbolisée qui est celle de l'Oedipe. Le sujet y fait l'expérience d'une position premièrement aliénée, celle d'un désir déterminé par le désir de l'autre et réalisé par la procuration d'un autre, qui l'amène à endosser (généralement) soit la fonction masculine soit la fonction féminine - arrachées aux représentations imaginaires (où domine le fantasme de complétude) - justement en tant que symboliques.
"C’est dans le domaine du symbolique, c’est un passage dans le domaine du symbolique, c’est à la symbolique qu’est soumise, comme une exigence essentielle la réalisation génitale, que l’homme se virilise, et que la femme accepte véritablement sa fonction féminine." (S.III, 21/03/1956)
Sens, Structure
Dans l'ordre de l'existence humaine, qui est le domaine du SENS en tant qu'ordonné et structuré par le langage ordinaire (pas besoin d'en référer aux archétypes à la Jung), Freud a tenté d'introduire une logique, un déterminisme propre à ce niveau de structure, en d'autres termes une raison.
"L’introduction d’un ordre de déterminations dans l’existence humaine, dans le domaine du sens, s’appelle la raison. La découverte de Freud, c’est la redécouverte, sur un terrain en friche, de la raison." (S.I, 18/11/1953)
Sens, Analyse
Chacun s'entend pour assigner à l'analyse la clarification du SENS des comportements ou des symptômes des sujets, mais l'on diverge sur la conception du sens. Dans le discours du sujet en analyse, par définition il y a une force d'inertie de l'imaginaire qui entretient la confusion et la méconnaissance. Toute la question est de savoir - ce sont deux voies divergentes de la psychanalyse - si l'on se contente de rectifier le discours du sujet en accédant à la demande sociale normalisante, ou bien si l'on amène le sujet à réaliser qu'il a quelque particularité à faire reconnaître - qui a été refoulée, qui insiste, qui demande à être, parce que le fonctionnement du discours universel est celui d'une chaine symbolique où le sujet humain, appartenant par ailleurs au vivant, ne peut se retrouver qu'à contre-temps.
"S'agit-il, dans l'analyse, d'une coaptation à ces images fondamentales, d'une rectification, d'une normalisation en termes d'imaginaire, ou d'une libération du sens dans le discours, dans cette suite du discours universel où le sujet est engagé ? C'est ici que divergent les écoles... Le sens, c'est que l'être humain n'est pas le maître de ce langage primordial et primitif... C'est au milieu de cela que quelque chose de l'homme a à se faire reconnaître." (S.II, 22/06/1955)
Rêve, Sens
La science des REVES selon Freud consiste à découvrir le sens des rêves au coeur de la subjectivité, et même si elle ne satisfait pas aux critères scientistes de son époque cela n'en reste pas moins un savoir concret et articulé.
"Freud parut rejoindre là la pensée la plus archaïque, lire quelque chose dans les rêves... Mais quand on interprète un rêve, on est en plein dans le sens, dans quelque chose de fondamental du sujet, dans sa subjectivité, ses désirs, son rapport à son milieu, aux autres, à la vie même." (S.I, 18/11/1953)
Rêve, Inconscient
Avec l'analyse des REVES, Freud découvre que le cerveau est une machine à produire des significations au niveau le plus immédiat, le plus éloigné de la conscience. Dès lors le concept d'inconscient n'a plus besoin du référentiel neurologique pour être manié et questionné, ni pour qu'en soient tirées les conséquences énergétiques - radicalement nouvelles puisqu'elles laissent entrevoir un au-delà des principes de plaisir et d'homéostasie, et que s'impose l'hypothèse de la pulsion de mort.
"On dit qu'il abandonne une perspective physiologisante pour une perspective psychologisante. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Il découvre le fonctionnement du symbole comme tel, la manifestation du symbole à l'état dialectique, à l'état sémantique, dans ses déplacements, les calembours, les jeux de mots, rigolades fonctionnant toutes seules dans la machine à rêver... Il a fallu qu'il parcoure encore vingt ans d'une existence déjà très avancée au moment de cette découverte, pour pouvoir se retourner sur ses prémisses, et tâcher de retrouver ce que ça veut dire sur le plan énergétique. Voilà ce qui lui a imposé l'élaboration nouvelle de l'au-delà du principe du plaisir et de l'instinct de mort." (S.II, 12/01/1955)
Résistance, Interprétation
La RESISTANCE n'est pas, au cours de l'analyse, un phénomène ou une force contraire que l'on pourrait isoler en dehors du processus d'interprétation mené par le sujet. Il n'y a pas de résistance du côté du sujet qu'il faudrait "éliminer", consciente ou inconsciente (comme si le désir ne "voulait" pas s'avouer, comme sexuel), il y a plutôt aux différentes étapes de l'analyse une inertie due à l'insistance des symptômes et donc une difficulté pour le sujet à nommer son désir, à le faire exister dans la parole. Autrement dit la résistance, n'est rien que le stade actuel d'une interprétation du sujet. La résistance, au sens négatif où on l'entend habituellement, elle vient plutôt de l'analyste lorsqu'il prétend détenir la vérité et de ce fait empêche son dévoilement, lorsqu'il vient forcer l'interprétation.
"Il n'y a qu'une seule résistance, c'est la résistance de l'analyste. L'analyste résiste quand il ne comprend pas à quoi il a affaire. Il ne comprend pas à quoi il a affaire quand il croit qu'interpréter, c'est montrer au sujet que ce qu'il désire, c'est tel objet sexuel. Il se trompe. Ce qu'il s'imagine ici être objectif n'est qu'une pure et simple abstraction. C'est lui qui est en état d'inertie et de résistance. Il s'agit au contraire d'apprendre au sujet à nommer, à articuler, à faire passer à l'existence, ce désir qui, littéralement, est en deçà de l'existence, et pour cela insiste." (S.II., 19/05/1955)
Résistance, Inconscient
Ce n'est pas le moi qui RESISTE à l'analyse et à l'interprétation, c'est le noyau inconscient pathogène ou problématique qui repousse le discours lorsque celui-ci tente de s'en approcher. La résistance est inhérente à la question même de l'analyse et à ses difficultés : tout ce qui fait obstacle à la continuité et au progrès de l'analyse est une résistance, disait en substance Freud.
"Quand Freud, à la fin des Studien über Hysterie, nous définit la résistance comme cette inflexion que prend le discours à mesure qu’il s’approche du noyau pathogène, à savoir ce quelque chose qui amène ce qui est cherché et qui repousse le discours, ce quelque chose que fuit le discours, qu’est-ce que c’est ?" (S.I, 27/01/1954)
Répétition, Symbolique
La pensée théorique ou contemplative, de type platonicienne, s'est focalisée sur un objet de connaissance immuable accessible par la réminiscence, grâce à une méthode dialectique et dyadique. Pourfendant cette harmonie préétablie du monde et des humains, la doctrine chrétienne du péché confronte l'homme à une tendance d'un autre type que la recherche du plaisir ou, selon le niveau atteint, de la sagesse. Au-delà même de la dualité du principe de plaisir et du principe de réalité, Freud et avant lui Kierkegaard placent le besoin de REPETITION qui est insistance au mal et à la destruction comme telle - tendance seulement intelligible depuis une logique non naturelle et non organique, trinitaire (structurale) et non duale - aux antipodes de toute recherche d'équilibre et d'harmonie -: celle du langage et de l'univers symbolique.
"Voilà ce qu'est le besoin de répétition tel que nous le voyons surgir au-delà du principe du plaisir. Il vacille au-delà de tous les mécanismes d'équilibration, d'harmonisation et d'accord sur le plan biologique. Il n'est introduit que par le registre du langage, par la fonction du symbole, par la problématique de la question dans l'ordre humain." (S.II, 19/01/1955)
Répétition, Insistance
Le principe de plaisir et le principe de réalité ne sont pas exactement des contraires, car s'ils fonctionnent à rebours l'un de l'autre, c'est pour mieux s'épauler et se réguler : ainsi la réalité n'est autre que l'assurance d'un plaisir légèrement différé, tandis que le plaisir ramené au principe d'homéostasie n'est autre que la finalité immédiate, donc la réalité même, du psychisme. Pour autant l'ensemble n'est nullement gratifié d'une loi générale d'équilibre, dont pourrait se prévaloir le moi ; ce que Freud a relevé au niveau inconscient du système est au contraire une tendance à la REPETITION - menace de déséquilibre permanente ! - qui mérite le nom de compulsion plutôt que celui d'automatisme, ou mieux encore, proposé par Lacan, celui d'"insistance".
"Le mot d'automatisme résonne chez nous de toute une ascendance neurologique. Ce n'est pas ainsi qu'il faut l'entendre. Il s'agit de compulsion à la répétition, et c'est pourquoi je crois faire du concret en introduisant la notion d'insistance." (S.II, 15/12/1954)
Réel, Science
Le REEL, ce n'est pas ce que l'on peut observer, c'est ce qui toujours doit pouvoir être observé en droit parce que sa présence (fût-elle mouvante, ou aléatoire) ne dépend pas de nous : "c'est quelque chose qu'on retrouve à la même place, qu'on n'ait pas été là ou qu'on y ait été" (S.II, 22/06/1955). Cet ordre nommé "naturel", l'homme antique tachait de l'honorer en y participant, tandis que l'homme moderne ne cherche qu'à l'objectiver et le manipuler, mais toujours dans une relation de maîtrise et de dépendance.
"A partir du moment où l'homme pense que la grande horloge de la nature tourne toute seule, et continue de marquer l'heure même quand il n'est pas là, naît l'ordre de la science. L'ordre de la science tient à ceci, que d'officiant à la nature, l'homme est devenu son officieux. Il ne la gouvernera pas, sinon en lui obéissant. Et tel l'esclave, il tente de faire tomber son maître sous sa dépendance, en le servant bien. Il sait que la nature pourra être exacte au rendez-vous qu'il lui donnera." (S.II, 22/06/1955)
Réel, Psychosomatique
Le REEL ne s'appréhende que par l'intermédiaire du symbolique, bien qu'il lui soit absolument hétérogène, car par lui-même le réel ne comporte aucune fissure, aucune anse par où nous pourrions l'attraper ; c'est bien pourquoi les réactions psychosomatique comme telles, distinctes des symptômes, demeurent hors de portée de l'analyse.
"Je vous parle du symbolique, de l'imaginaire, mais il y a aussi le réel. Les relations psychosomatiques sont au niveau du réel." (S.II, 26/01/1955)
Réel, Hallucination
Il arrive que surgisse dans le REEL de façon inopinée une signification inconnue et déstabilisante, située en dehors de tout repère symbolique : ceci caractérise la psychose. Or ce phénomène n'existe que parce que fondamentalement, en-deça de l'espace de maîtrise du moi en tout point imaginaire, la première expérience du réel pour un sujet se caractérise d'emblée comme hallucinatoire, en tant que s'y profile et tout à la fois s'y dérobe l'objet du désir.
"La réalité, pour autant qu’elle est soutenue par le désir, est au départ, hallucinée... Le sujet doit, non pas trouver l’objet, c’est-à-dire y être conduit par les canaux, les rails naturels d’une adaptation vitale, plus ou moins préétablie et plus ou moins achoppant d’ailleurs, telle que nous la voyons dans le règne animal, il doit au contraire retrouver le surgissement qui est fondamentalement halluciné de l’objet de son désir, il doit retrouver cet objet, c’est-à-dire que bien entendu il ne le retrouve jamais." (S.III, 11/01/1956)
Rire, Imaginaire
Prétendre que le RIRE proviendrait d'une sorte d'imitation grossière de la vie au moyen du mécanisme ("du mécanique plaqué sur du vivant" selon Bergson), est une explication elle-même grossière, d'abord parce qu'elle réduit abusivement le mécanisme à un phénomène répétitif, ensuite parce qu'elle trahit une méconnaissance des ressources fonctionnelles de l'imaginaire. En effet le rire consiste surtout - plus subtilement - à se gausser des tendances narcissiques du moi en tant qu'exposées ou prises en défaut : par exemple ce qui nous amuse n'est pas tant la chute physique du bonhomme que, à cet instant, la dégringolade de son image surestimée, laquelle se détache en quelque sorte du corps victimisé (tout en libérant la joie du spectateur !) à l'occasion de l'incident cinétique, voué ou non à se répéter.
"Le rire touche à tout ce qui est imitation, doublage, sosie, masque, et, si nous regardons de plus près, il ne s'agit pas seulement du masque, mais du démasquage, et cela selon des moments qui méritent qu'on s'y arrête... Il y a un rapport très intense, très serré, entre les phénomènes du rire et la fonction chez l'homme de l'imaginaire... Nous le rapportons à cette ambiguïté qui est au fondement même de la formation du moi et qui fait que son unité est hors de lui-même, que c'est par rapport à son semblable qu'il s'érige, et qu'il trouve cette unité de défense qui est celle de son être en tant qu'être narcissique. C'est dans ce champ que le phénomène du rire est à situer." (S.V, 18/12/1957)
Refoulement, Symptôme
Pour un sujet névrosé, non seulement le REFOULEMENT s'exprime littéralement dans la langue de ses symptômes, mais il ne fait qu'un avec ce langage fabriqué dans ce but.
"C’est bien ce qui nous fait toucher du doigt que le refoulement et le retour du refoulé sont une seule et même chose, l’endroit et l’envers d’un seul et même processus." (S.III, 14/12/1955)
Rire, Identification
Le RIRE est la première forme de communication humaine, celle qui s'adresse à l'autre sujet pourvoyeur de plaisir, au-delà de toute demande et de toute présence signifiée. L'opposé du rire, c'est l'identification, la signification qui fait émerger l'idéal-du-moi sur la ligne de la transformation de la demande en désir. Et c'est aussi le surmoi, émergeant sur la ligne purement signifiante de l'interdiction (là où l'on ne rit plus du tout).
"Il faut n'avoir jamais observé un enfant dans son développement au cours des premiers mois, pour ne pas s'apercevoir qu'avant même la parole, la première vraie communication, c'est-à-dire la communication avec l'au-delà de ce que vous êtes devant lui comme présence symbolisée, c'est le rire. Avant toute parole, l'enfant rit... Le rire répond aussi bien à tous ces jeux maternels qui sont les premiers exercices où lui est apportée la modulation, l'articulation comme telle... Les pleurs expriment la colique, expriment le besoin, les pleurs ne sont pas une communication, les pleurs sont une expression, tandis que le rire, pour autant que je suis forcé de l'articuler, est une communication." (S.V, 16/04/1958)
Rejet, Symbolique
La PSYCHOSE illustre la possibilité qu'une part de la symbolisation primitive soit rejetée, ne se produise pas, et que cela se manifeste "plus tard" (cette antériorité n'étant que logique), dans le réel. Cette temporalité du rejet (Verwerfung) précède la dialectique du refoulement et du retour du refoulé qui signe la névrose.
"[Dans la psychose] quelque chose qui a disparu, a été rejeté de l’intérieur, reparaît à l’extérieur... Il s’agit de ceci, c’est que préalablement, et il s’agit d’une antériorité logique et non chronologique, préalablement à toute symbolisation, il existe – et les psychoses en sont la démonstration – la possibilité qu’une part de la symbolisation ne se fasse pas." (S.III, 11/01/1956)
Refoulement, Signifiant
Le REFOULEMENT ne peut porter que sur des éléments signifiants déjà articulés, car c'est justement cette articulation et ce qu'elle impliquerait qui n'est pas reconnu par le sujet ; de ce fait le refoulement provoque une incohérence, un flou masquant ce qui apparaîtrait comme intolérable pour le sujet.
"Chaque fois que vous avez refoulement dans la névrose, c'est pour autant que le sujet ne veut pas reconnaître quelque chose qui nécessiterait de l'être, et ce terme, nécessiterait, comporte toujours un élément d'articulation signifiante qui n'est pas concevable autrement que dans une cohérence de discours." (S.V, 12/02/1958)
Reconnaissance, Désir
Le Je n'a d'existence que rapporté au Tu dans une situation de parole, soit une relation où il s'agit de RECONNAITRE les désirs de l'autre à travers ses dires, mais aussi de faire reconnaître ses propres désirs alors même qu'il n'en a pas la moindre idée, du moins au départ - ce pourquoi il les cherche, quelque fois dans l'analyse.
"L'adulte, en effet, a à chercher ses désirs. Sans quoi il n'aurait pas besoin d'analyse. Ce qui nous indique assez qu'il est séparé de ce qui se rapporte à son moi, à savoir de ce qu'il peut faire reconnaître de lui-même." (S.I, 05/05.1954)
Question, Sexe
La névrose se définit comme une énigme non résolue, une QUESTION à propos de l'identité sexuelle du sujet, posée en ces termes : « comment peut-on être mâle ou être femelle ? ». Là où l'hystérique interroge son propre sexe depuis une identification au sexe opposé, campé sur la question demeurant inlassablement ouverte ("ou..., ou..."), l'obsessionnel se dérobe quant à la question qui pourtant le taraude, préférant se maintenir dans la dénégation et le refus d'envisager tout partage sexuel et donc toute castration : il s'en tient à un "ni..., ni..." annihilant et mortel.
"À cette façon de répondre « ou…, ou… » de l’hystérique, s’oppose celle de l’obsessionnel qui répond par la dénégation : à ce « ou…, ou… », il répond par un « ni…, ni… », ni mâle, ni femelle. La dénégation se fait sur le fond de l’expérience mortelle, l’absence, le dérobement de son être à la question qui est une façon d’y rester suspendu." (S.III, 31/05/1956)
Père, Symbolique
L'ordre symbolique qui institue les prérogatives du PERE, notamment par rapport à la mère (il est censé en jouir légitimement) et par rapport à l'enfant (il est censé lui interdire de jouir de la mère, cf. le complexe d'Oedipe) découle des structures élémentaires de la parenté selon lesquelles la lignée, chez les humains, et jusqu'à nouvel "ordre" tant que les femmes accouchent des enfants, se définit comme essentiellement masculine.
"L'ordre humain se développe avec cette dimension supplémentaire de l'ordre symbolique... C'est quelque chose qui nous est donné par la structure élémentaire de la parenté... C'est parce que les femmes font des hommes, que les hommes ensuite peuvent rendre - je parle dans l'ordre symbolique - ce service essentiel aux femmes, de leur permettre de poursuivre leur fonction de procréation... Dans l'ordre naturel il n'y a aucune espèce d'obstacle à ce que tout tourne d'une façon exclusive autour de la lignée féminine." (S.IV, 26/06/1957)
Père, Métaphore
Le PERE est une métaphore, soit un signifiant qui vient remplacer le signifiant maternel, lui-même référé à un signifié, le phallus. Dans le complexe d'Oedipe, cette substitution a lieu parce que l'enfant se trouve déjà pris dans une trame symbolique ébauchée par la mère, laissant dans l'inconnu (x) le signifié du désir de la mère, au-delà de l'enfant.
"Le père est une métaphore... Soit un signifiant qui vient à la place d'un autre signifiant... La fonction du père dans le complexe d'Œdipe est d'être un signifiant substitué au premier signifiant introduit dans la symbolisation, le signifiant maternel... Le père vient à la place de la mère, S à la place de S', S' étant la mère, en tant que déjà liée à quelque chose qui était x, c'est-à-dire le signifié dans le rapport à la mère." (S.V, 15/01/1958)
Père, Nom-du-Père
On définit la métaphore paternelle, sur la base d'une première symbolisation constituée entre l'enfant et la mère, comme "la substitution du père en tant que symbole, ou signifiant, à la place de la mère". La position du PERE comme tel, comme procréateur est une affaire symbolique répondant à une fonction universelle indépendante des particularités culturelles. La nomination du père, le Nom-du-Père, n'est rien d'autre qu'une nécessité de la chaîne signifiante, et c'est bien à l'intérieur d'une chaîne signifiante primitive, le triangle symbolique père-mère-enfant, que ce Nom vient prendre place.
"La position du père comme symbolique ne dépend pas du fait que les gens aient plus ou moins reconnu la nécessité d'une certaine consécution d'événements aussi différents qu'un coït et un enfantement. La position du Nom-du-Père comme tel, la qualification du père comme procréateur, est une affaire qui se situe au niveau symbolique. Elle peut être réalisée selon les diverses formes culturelles, mais elle ne dépend pas comme telle de la forme culturelle, c'est une nécessité de la chaîne signifiante." (S.V, 22/01/1958)
Père, Symbolique
Le PERE symbolique, ou Nom-du-père, si essentiel dans son rôle médiateur à la sortie de l'Oedipe puisqu'il ouvre l'enfant à l'univers symbolique, qu'est-ce que c'est sinon le bon Dieu en personne, le grand Témoin en qui nous croyons tous pour autant que nous créditons nos paroles et celles des autres d'un fond de vérité ? N'est-il pas insensé et contradictoire d'affirmer avec des mots que le principe même du langage n'existe pas ?
"Si le père symbolique, à savoir le nom du père est essentiel à la structuration du monde symbolique, à cette sortie de sevrage plus essentiel que le sevrage primitif par quoi l'enfant sort du pur et simple couplage avec la toute puissance maternelle, si le père symbolique est l'élément médiateur essentiel du monde symbolique, si le nom du père est si essentiel à toute articulation de langage humain, c'est à proprement parler la raison pour laquelle l'Ecclésiaste dit : « L'insensé a dit dans son cœur : il n'y a pas de Dieu ». C'est précisément parce qu'il le dit dans son cœur, et que d'autre part il est à proprement parler insensé de dire dans son cœur qu'il n'y a pas de Dieu, tout simplement parce qu'il est insensé de dire une chose qui est contradictoire avec l'articulation même du langage." (S.IV, 05/06/1957)
Père, Symbolique
A part le Dieu de la Bible affirmant sans ambage "je suis celui qui suis", aucun PERE réel pour déclarer de façon crédible "je le suis, Père", pour incarner le père symbolique et sa fonction... si ce n'est en se faisant tuer symboliquement, à l'image du père mythique de la horde imaginé par Freud dans Totem et Tabou ; de sorte que la loi du père mort, certes sauvegardée, mais refoulée, passe dans l'inconscient, réapparaît sous la forme grimaçante et accusatrice du Surmoi ("tu es celui qui es", adressé au fils, devient "tu es celui qui tue"), finalement déborde dans le réel sous des formes diversement symptomatiques.
"Toute l'interrogation freudienne se résume à ceci : Qu'est-ce que c'est qu'être un père ?... C'est encore autre chose que être soi-même un père, accéder à la position paternelle... Le seul qui puisse répondre absolument à cette position du père en tant qu'il est le père symbolique, c'est celui qui pourrait dire comme le Dieu du monothéisme l'a dit : « Je suis celui qui suis ». Mais c'est une chose qui, mis à part le texte sacré où nous le rencontrons, ne peut être littéralement prononcée par personne." (S.IV, 13/03/1957)
Père, Réel
Le PERE réel n'est pas un au-delà mythique, voire une pure transcendance signifiante comme le père symbolique. Il n'est pas non plus un être fantasmatique à la croisée des identifications, idéalisations, ou des réactions agressives du sujet, comme le père imaginaire. Compte tenu des fonctions précédentes qui se superposent à lui, le père réel se saurait être finalement qu'un être assez énigmatique, évanescent, méconnu, toujours quelque part absent, et pourtant ses interventions ont une incidence sur la formation du complexe de castration chez l'enfant, et même au-delà au niveau de l'assomption de la castration symbolique, justement en ceci qu'il s'agira finalement d'en référer à quelque chose d'autre, d'une autre dimension, que le père réel.
"Si effectivement la castration est quelque chose qui mérite d'être isolé, qui a un nom dans l'histoire du sujet, ceci est toujours liée à l'incidence, à l'intervention du père réel, ou si vous voulez également marqué d'une façon profonde, et profondément déséquilibré par l'absence du père réel, et c'est uniquement par rapport à cette nécessité qui introduit comme une profonde atypie, et demande alors la substitution au père réel de quelque chose d'autre qui est profondément névrosant." (S.IV, 06/03/1957)
Père, Métaphore
Le PÈRE est bien désigné comme métaphore du désir de la mère, mais seulement en tant que ce qu'il porte, en même temps que le phallus, c'est la Loi - et la vraie virilité elle-même ne saurait être qu'une métaphore.
"Je vous fais remarquer que cela veut dire qu'en tant qu'il est viril, un homme est toujours plus ou moins sa propre métaphore. C'est même ce qui met sur le terme de virilité cette ombre de ridicule dont il faut tout de même faire état." (S.V, 22/01/1958)
Père, Complexe d'Oedipe
Eminemment centrale dans le complexe d'Oedipe, la fonction paternelle implique sans doute une présence effective du PERE, mais seulement en tant que cette présence remplit un rôle "normatif" (symbolique) au niveau du complexe - dans le cas contraire on parlera à bon droit de "carence" - ; non en tant qu'elle satisferait à des critères de "normalité" tout relatifs en ce qui concerne la place réelle du père dans la famille (d'ailleurs cette présence réelle, interdictrice, rien ne s'oppose à ce qu'elle soit supportée par un suppléant... voire une suppléante, dudit père - comme c'est souvent le cas dans les faits).
"[Le père] la question de sa position dans la famille ne se confond pas avec une définition exacte de son rôle normativant. Parler de sa carence dans la famille n'est pas parler de sa carence dans le complexe." (S.V, 15/01/1958)
Père, Complexe d'Oedipe
Si le PERE est ce pivot autour duquel s'organise le complexe d'Oedipe, c'est en tant qu'il introduit un élément symbolique (de l'ordre de la lignée, de la génération, ce trait signifiant du mot père s'imposant dans toutes les langues) au-delà de la fonction génitale, par-delà même le triangle "père-mère-enfant" qui ne figure pas adéquatement la situation oedipienne, plutôt représentée dans ses composantes imaginaires par le triangle "phallus-mère-enfant" (plus le père, dans une autre dimension), pour faire tenir l'ensemble.
"Si nous devons quelque part situer dans un schéma ce quelque chose qui fait tenir debout la conception freudienne du complexe d’Œdipe, vous l’avez vu, ce n’est pas du « triangle père-mère-enfant » dont il s’agit, c’est du « triangle phallus-mère-enfant ». Et où est le père là-dedans ? Il est dans l’anneau précisément qui fait tenir tout ensemble." (S.III, 04/07/1956)
Père, Castration
Par sa présence, et plus rarement par ses interventions, le PERE interdit la mère à l'enfant et présentifie de fait la loi de l'interdiction de l'inceste. Le garçon, qui sent poindre les premières tendances génitales, ressent une crainte et s'installe alors dans le complexe de castration proprement dit. Or ce fantasme trouve son origine, d'abord, dans l'agressivité propre de l'enfant tournée vers ce père qui le prive de son primordial objet de désir ! C'est cette castration en tant qu'imaginaire, non accomplie symboliquement au niveau de l'interdiction de l'inceste, et donc comme loi du désir, qui perdure chez le névrosé.
"Qu'est-ce que cette crainte de la castration ?... Nous l'abordons comme une rétorsion à l'intérieur d'un rapport agressif. Cette agression part du garçon en tant que son objet privilégié, la mère, lui est interdit, et se dirige vers le père. Elle revient sur lui en fonction du rapport duel, pour autant qu'il projette imaginairement sur le père des intentions agressives équivalentes ou renforcées par rapport aux siennes." (S.V, 15/01/1958)
Pulsion, Théorie
Loin d'être intuitive et supposément universelle, loin d'être un fondement philosophique à la manière de Jung, la notion de PULSION (voire de libido) reste chez Freud une construction éminemment abstraite, un objet théorique conçu sur le modèle des grands concepts scientifiques (comme celui d'énergie) pour compléter un certain champ d'observation. C'est la raison pour laquelle Freud par honnêteté et conformément à ce que lui enseigne son expérience d'analyste, maintient la distinction entre pulsions du moi et pulsions libidinales, ainsi que leur relation conflictuelle, toujours en la rapportant et la limitant à l'économie interne du sujet.
"Le fait que la distinction entre pulsions du moi et pulsions sexuelles manque actuellement de clarté n'est peut-être imputable qu'à ceci, que les pulsions sont pour notre théorie le point dernier de référence. La théorie des pulsions n'est pas à la base de notre construction, mais tout en haut. Elle est éminemment abstraite, et Freud l'appellera plus tard notre mythologie. C'est pourquoi, visant toujours au concret, mettant toujours à leur place les élaborations spéculatives qui ont été les siennes, il en souligne la valeur limitée." (S.I, 24/03/1954)
Pulsion, Signifiant
La PULSION manifeste une dépendance d'ordre signifiante et pas seulement organique (même si les signifiants en l'espèce ont partie liée avec les organes), ni même imaginaire, car les images n'expriment jamais que les besoins là où les pulsions s'en écartent significativement.
"Dans la théorie analytique, une certaine nécessité met le sujet dans un rapport de subordination, de dépendance, d'organisation et d'attirance par rapport à quoi ? A des signifiants empruntés à la batterie d'un certain nombre de ses propres organes. Ce n'est dire rien d'autre qu'une fixation orale ou anale qui survit chez un sujet adulte, dépend d'une certaine relation imaginaire. Mais ce que nous articulons de plus ici, c'est que celle-ci est portée à la fonction de signifiant. Si elle n'était pas isolée comme telle, mortifiée, elle ne saurait avoir l'action économique qu'elle a dans le sujet, et ce pour une raison très simple, c'est que les images ne sont jamais liées qu'à la suscitation et à la satisfaction du besoin." (S.V, 25/06/1958)
Psychose, Sujet
Rien n'est plus palpable, dans le délire PSYCHOTIQUE, que ce phénomène d'"entre-je" ou d'interposition du sujet, par ailleurs propriété de tout usage du signifiant comme tel. Dans la psychose, en lieu et place d'un grand Autre porteur du signifiant, l'immixtion des sujets se manifeste au plan imaginaire comme un bourdonnement ininterrompu de commentaires inassignables, révélant bien l'origine du problème psychotique au niveau signifiant.
"L’immixtion des sujets, est-ce que ce n’est pas très précisément là ce quelque chose qui nous apparaît à portée de la main dans le délire ?... Dans le délire, c’est de cela qu’il s’agit tout le temps : « on » leur « fait faire » ceci... Je suppose qu’il réagit à l’absence du signifiant par une affirmation d’autant plus appuyée d’un Autre qui, lui, comme Autre est essentiellement énigmatique." (S.III, 11/04/1956)
Psychose, Langage
C'est un certain rapport, d'extériorité pourrait-on dire, du sujet au langage qui caractérise la psychose : le sujet est comme habité, possédé par le langage (là où le névrosé l'habite outrageusement). Le phénomène du délire se déclenche alors que le sujet devrait, à tel moment crucial, répondre à un appel de l'Autre et donc assumer une parole véritable, et y échoue en raison d'une carence symbolique préalable et même initiale que Lacan nomme "forclusion". Dans le foisonnement imaginaire qui survient à la place, c'est en réalité tout un monde, toute une cosmologie, toute une série de modes d'être et de relations au petit autre qui se déploient à l'infini sans réel point d'ancrage. C'est aussi l'occasion, pour le sujet, de fantasmer une identité sexuelle ad hoc, comme on le voit chez Schreber plaçant au coeur de son délire le fait qu'« Il serait beau d’être une femme subissant l’accouplement », en fait d'être accouplé à Dieu.
"En somme s’il y a quelque chose que nous entrevoyons comme représentant cette entrée dans la psychose, c’est que c’est à la mesure d’un certain appel [A] auquel le sujet ne peut pas répondre que quelque chose se produit au niveau du petit autre, quelque chose que nous appellerons une sorte de foisonnement de modes d’être, de relations au petit autre, foisonnement imaginaire, foisonnement qui supporte un certain mode du langage et de la parole [« délire »]." (S.III, 1956)
Psychose, Inconscient
S'il est vrai que le PSYCHOTIQUE présente un témoignage ouvert et particulièrement exposé de l'inconscient (Lacan le qualifie de "martyr") - là où le névrosé serait plutôt "couvert" et protégé par ses symptômes -, son délire doit être entendu et déchiffré en tant que témoignage de ce dont il ne peut rendre compte par lui-même ni partager avec le discours des autres.
"En somme le psychotique est un témoin, sinon un martyr de l’inconscient, et nous donnons au terme « martyr » son sens qui est celui d’être témoin mais bien plus, ce serait en effet un martyr au sens où il s’agit d’un témoignage ouvert bien entendu." (S.III, 08/02/1956)
Psychose, Nom-du-Père
La PSYCHOSE, si on la définit comme forclusion du Nom-du-père, peut être également définie comme absence de la loi - si ce n'est celle, primitive, de la mère.
"Dans la psychose, le Nom-du-Père, le père en tant que fonction symbolique, le père au niveau de ce qui se passe entre message et code, et code et message, est précisément verworfen. De ce fait, il n'y a pas ici ce que j'ai représenté en pointillés, à savoir ce par quoi le père intervient en tant que loi. Il y a l'intervention brute du message "ne pas" sur le message de la mère à l'enfant." (S.V, 29/01/1958)
Psychose, Forclusion
Dans le déclenchement de la PSYCHOSE, c'est bien d'une rencontre avec le signifiant comme tel qu'il s'agit, celui qui renvoie au Père et à la fonction de la loi, dans un contexte où la relation avec le signifiant comme tel n'est justement pas assumée, ce signifiant étant "forclos". Dans le cas du président Schreber, nous voyons bien comment son accession à de hautes fonctions judiciaires l'amène à convoquer le signifiant idoine, et que faute d'en disposer il se lance dans la plus extraordinaire des rétrospectives - que nous appelons son délire - pour tenter de se réaccorder avec un système signifiant cohérent - même s'il nous paraît, extérieurement, des plus incohérents.
"Pour la phénoménologie de la psychose, il nous est impossible de méconnaître l’originalité du signifiant comme tel, à savoir que c’est de l’accès, de l’appréhension d’un signifiant auquel le sujet est appelé et autour de laquelle tourne toute la notion de la Verwerfung dont je suis parti, et pour laquelle je vous propose d’adopter définitivement cette traduction que je crois la meilleure : « la forclusion »." (S.IV, 04/07/1956)
Psychose, Autre
Au contraire de la parole pleine, qui se réalise grâce à l'Autre ("Tu es"), le PSYCHOTIQUE est littéralement "parlé", "jacassé", envahi par un discours indéfiniment répété qui ne laisse plus aucune présence à l'Autre.
"Il y a quelque chose qu’on peut, dans la psychose, reconnaître et qualifier comme une exclusion de cet Autre au sens où l’être s’y réalise dans cet aveu de la parole." (S.III, 14/03/1956)
Préconscient, Pré-verbal
Le PRECONSCIENT, présenté comme domaine de l'affect et du préverbal, n'est certes pas structuré comme un langage (à la différence de l'inconscient), il participe pleinement du vécu intramondain dont il reproduit la structure globalement analogique, imaginaire et fantasmatique, où tout peut facilement s'échanger et s'inverser.
"Le « pré-verbal » c’est quelque chose qui est essentiellement lié dans la doctrine analytique au préconscient. C’est cette somme des impressions internes et externes dont le sujet peut supposer, à partir des relations naturelles, et si tant est qu’il y ait des relations chez l’homme qui soient tout à fait naturelles, mais il y en a, si perverties soient-elles. Tout ce qui est de l’ordre de ce pré-verbal participe à ce que nous pouvons appeler, si je peux dire, une Gestalt intramondaine... Là-dedans tout est possible... Nous sommes là dans ce que j’appellerai « le chatoiement innombrable de la grande signification affective ». Pour exprimer tout cela, les mots justement qui lui viennent en abondance, au sujet, sont là tous à sa disposition, et aussi parfaitement accessibles, aussi inépuisables dans leurs combinaisons que la nature à laquelle ils répondent." (S.III, 14/03/1956)
Principe de plaisir, Principe de réalité
Il y a quelque discordance entre la notion intuitive du plaisir, plutôt du côté de la stimulation voire l'excitation, et le PRINCIPE DE PLAISIR théorisé par Freud comme recherche du repos et retour à l'équilibre, donc cessation de l'excitation. C'est que le Principe de réalité ne s'oppose pas tant au principe de plaisir qu'il ne le complète et le confirme, au niveau de sa finalité (donc au sens freudien) mais non bien sûr au niveau de son pic : la prise en compte de la réalité dresse les limites qui permettent au plaisir de cesser... pour renaitre tranquillement.
"Le principe de réalité consiste en ce que le jeu dure, c'est-à¬dire que le plaisir se renouvelle, que le combat ne finisse pas faute de combattants. Le principe de réalité consiste à nous ménager nos plaisirs, ces plaisirs dont la tendance est précisément d'arriver à la cessation." (S.II, 19/01/1955)
Poésie, Symbolique
A la différence de l'écriture ordinaire ou savante, la POESIE est création d'un monde ou d'une nouvelle relation au monde, accueillant quiconque fait l'effort de s'en approprier les clefs symboliques. De ce point de vue, un psychotique enfermé dans son univers, ne saurait être un véritable poète, même s'il s'avère écrivain.
"La poésie est création d’un sujet assumant un nouvel ordre de relation symbolique au monde. Il n’y a rien de tout cela dans les Mémoires de Schreber." (S.III, 11/01/1956)
Phobie, Métaphore
Si nous disons que l'objet PHOBIQUE remplit une fonction métaphorique, c'est pour suppléer à un manque, à un déficit dans la fonction du père symbolique au moment du complexe d'Oedipe. Dans le cas du petit Hans par exemple, c'est le motif (imaginaire, en soi) du cheval qui tient ce rôle de signifiant repère autour duquel l'enfant peut reconstruire un univers symbolique, tout en évitant la crise d'angoisse impossible à supporter.
"[Dans le cas du petit Hans] Le cheval introduit ce quelque chose autour de quoi vont pouvoir tourner toutes sortes de significations qui, en fin de compte, donneront une espèce d'élément suppléant à ce qui a manqué au développement du sujet... Il l'a pris comme secours, comme point de repère absolument essentiel dans l'ordre symbolique... C'est dans la mesure où c'est à cette place où il devrait y avoir le père symbolique et dans la mesure où ce signifiant est là comme quelque chose qui correspond métaphoriquement, qui permet tous les transferts." (S.IV, 26/06/1957)
Phobie, Angoisse
L'objet PHOBIQUE, objet de la peur, est tout à la fois une cristallisation de l'angoisse sur quelque image signifiante et un moyen de combler le gouffre de l'angoisse, cette absence insupportable qu'il faut donc interpréter comme le véritable objet de la peur.
"L'angoisse n'est pas la peur d'un objet, l'angoisse c'est la confrontation du sujet à cette absence d'objet où il est happé, où il se perd et à quoi tout est préférable, jusqu'à y compris de forger le plus étrange, le moins objectal des objets, celui d'une phobie. La peur dont il s'agit là, son caractère irréel est justement manifesté si nous savons le voir, par sa forme, à savoir que c'est la peur d'une absence, je veux dire de cet objet qu'on vient de lui désigner. Le petit Hans vient dire qu'il a peur de son absence [du père], entendez-le comme quand je vous dis qu'il s'agit d'entendre l'anorexie mentale par, non pas que l'enfant ne mange pas, mais qu'il mange rien." (S.IV, 22/05/1957)
Phallus, Vie
Le PHALLUS désigne à l'origine un objet rituel : chez les Grecs on sait que la Phallos jouait un rôle majeur au cours des Mystères "puisque c'est autour de lui qu'étaient placés les derniers voiles que levait l'initiation" note Lacan (S.V, 23/04/1958). C'est-à-dire qu'au niveau de la révélation du sens, il était considéré comme ayant un caractère significatif dernier" (id.). Cet insigne - signe majeur qu'il convient de posséder - représente le désir et même la pulsion dans sa forme la plus manifeste : érection, sève, flux, vitalité. Le phallus n'est donc nullement réductible à l'organe masculin du pénis, celui-ci n'étant au mieux qu'un substitut de celui-là. Pourtant, sa puissance symbolique s'impose au point que celles étant naturellement dépourvues du pénis se considèrent comme castrées au regard du... phallus, tandis que ceux possédant le pénis vivent dans la crainte de subir la castration - de quoi ? pas de leur appendice, mais de leur puissance ! Or la faculté de cet objet de concentrer l'essentiel du désirable sous la forme du vivant le plus expansif, paradoxalement, l'empêche d'être représenté comme tel dans le système signifiant (le propre d'un signifiant verbal est plutôt d'être creux), d'où il est littéralement absent, ce qui fait dire à Lacan :
"Il semble donc que les choses soient telles que ce point extrême de la manifestation du désir dans ses apparences vitales, ne puisse entrer dans l'aire du signifiant qu'à y déchaîner la barre". (S.V, 23/04/1958).
Phallus, Fétiche
En tant que signifiant fondamental dans l'imaginaire de la mère inassouvie, le PHALLUS est aussi un pôle d'identification pour l'enfant"puisque c'est sur cette toute-puissance de la mère que le moi de l'enfant repose". Voire il entreprend de le porter dans le cas du transvestisme, mais c'est ici un phallus voilé - à la fois absent et présent comme tout objet signifiant - que le vêtement vient fétichiser, présentifier pour ce qu'il est vraiment, à savoir trois fois rien.
"Pour tout dire, toutes les perversions peuvent se placer dans cette mesure où toujours par quelque côté, elles jouent avec cet objet signifiant en tant qu'il est de sa nature et par lui-même un vrai signifiant, c'est-à-dire quelque chose qui en aucun cas ne peut être pris à sa valeur spatiale. Et quand même on met la main dessus, quand on le trouve pour s'y fixer définitivement dans la perversion des perversions, celle qui s'appelle le fétichisme - car c'est celle vraiment qui montre, non seulement où il est vraiment, mais ce qu'il est - quand on le trouve, il est exactement rien, ce sont de vieux habits usés, une défroque, une partie du fétichisme c'est ce qu'on voit dans le transvestisme, et en fin de compte c'est un petit soulier usé." (S.IV, 27/02/1957).
Phallus, Transvestisme
Dans le transvestisme, le sujet s'identifie non pas directement à la mère mais au PHALLUS objet du désir de la mère, ici réduit à un fétiche dissimulé sous les vêtements.
"On dit qu'il s'identifie lui-même à la mère phallique. Je crois plus correct de dire que c'est proprement au phallus qu'il s'identifie, en tant que caché sous les vêtements de la mère. Je vous rappelle cela pour vous montrer que la relation de l'enfant au phallus s'établit en tant que le phallus est l'objet du désir de la mère." (S.V, 22/01/1958).
Phallus, Sujet
Le signifiant PHALLUS est présent jusque dans l'acte sexuel, dans l'inconscient du sujet, c'est d'ailleurs pourquoi "le sujet humain peut être humain même quand il baise" : en effet il lui rappelle que l'être de l'Autre n'est pas à portée de son désir, et qu'il a pour son propre compte à renoncer à être le phallus, précisément, pour "accepter de l'avoir quand il l'a, de ne pas l'avoir quand il ne l'a pas" (S.V, 25/06/1958).
"L'élucidation du rapport du sujet au phallus, en tant qu'il ne l'est pas, mais qu'il doit venir à sa place, est seule propre à permettre de concevoir l'achèvement idéal que Freud articule dans son "Wo Es war, soll Ich werden"." (S.V, 25/06/1958).
Phallus, Signifié
Le PHALLUS fait figure d'objet universel, par-delà la différence des sexes, car il est dans le signifié (qu'il investit partout) la conséquence de l'existence même du signifiant.
"A cause de l'existence de la chaîne signifiante, il [le phallus] va de toute façon circuler, comme le furet, partout dans le signifié - étant dans le signifié ce qui résulte de l'existence du signifiant. L'expérience nous montre que ce signifié prend pour le sujet un rôle majeur, qui est celui d'objet universel." (S.V, 29/01/1958)
Phallus, Manque
Le PHALLUS est cette part sacrifiée de la vie devenue, par-là même, universellement signifiante, mais aussi, corollairement, il est ce signifiant manquant chez tout Autre parlant qui ne saurait s'en prévaloir ni jamais s'en compléter.
"Il n’y a pas - vous ai-je dit - d’Autre de l’Autre... Ce signifiant, dont l’Autre ne dispose pas, si nous pouvons en parler, c’est bien tout de même qu’il est, bien entendu, quelque part... C’est le même que vous faites entrer dans le jeu en tant que vous, pauvres bêtas, depuis que vous êtes nés, vous êtes pris dans cette sacrée affaire de logos. C’est à savoir la part de vous qui là-dedans est sacrifiée et sacrifiée non pas purement et simplement, physiquement comme on dit, réellement, mais symboliquement, et qui n’est pas rien, cette part de vous qui a pris fonction signifiante. Et c’est pour cela qu’il y en a une seule, et il n’y en a pas trente six, c’est très exactement cette fonction énigmatique que nous appelons le phallus, qui est ici ce quelque chose de l’organisme de la vie, de cette "poussée vitale" dont vous savez que je ne trouve pas qu’il faille user à tort et à travers, mais qui une fois bien cernée, symbolisée, mise là où elle est, et surtout là où elle sert, là où effectivement dans l’inconscient elle est prise, prend son sens. Le phallus, la turgescence vitale, ce quelque chose d’énigmatique, d’universel, plus mâle que femelle, et pourtant dont la femelle elle-même peut devenir le symbole, voilà ce dont il s’agit, et ce qui parce que dans l’Autre il est indisponible, ce qui - bien que ce soit cette vie même que le sujet fait signifiante - ne vient nulle part garantir la signification du discours de l’Autre. Autrement dit, toute sacrifiée qu’elle soit, cette vie ne lui est pas, par l’Autre, rendue." (S.VI, 08/04/1959)
Phallus, Signifiant
Le signifiant PHALLUS remplit une fonction comparable, au niveau du signifié, avec celle du Nom-du-Père au niveau de l'ensemble du système signifiant, c'est à savoir qu'il est le point d'accès à la symbolisation du désir et du signifié en général, car"le signifiant du signifié en général, c'est le phallus" - le désir restant ce qui est signifié, ultimement et dans tous les cas, à travers le langage.
"Le phallus entre d'ores et déjà en jeu dès que le sujet aborde le désir de la mère. Ce phallus est voilé, et restera voilé jusqu'à la fin des siècles pour une simple raison, c'est qu'il est un signifiant dernier dans le rapport du signifiant au signifié. Il y a en effet peu de chance qu'il se dévoile jamais autrement que dans sa nature de signifiant, c'est-à-dire qu'il révèle vraiment, lui, ce que, en tant que signifiant, il signifie." (S.V, 12/02/1958)
Phallus, Signifiant
L'érection du PHALLUS, si l'on peut dire, au rang de signifiant majeur pour l'humanité est une histoire ancienne et avérée. Aucun autre objet corporel, fût-il essentiel au développement de l'enfant (comme le sein), ou propice à devenir quelqu'objet d'échange et de marchandage en tant que détachable (scybale), n'atteint cette même fonction de signifiance car lui seul fait clairement le lien entre l'individu et l'espèce. User du pénis, fût-ce comme instrument de satisfaction onanistique, emporte une dimension symbolique (il y faut l'érection, en soi remarquable... potentiellement par tout autre, donc la dimension de la honte... à exhiber non pas son organe, mais son désir) que semblent ignorer nos plus proches cousins simiesques.
"Il suffit de se rendre au zoo de Vincennes autour de ces petits fossés qui entourent une certaine plate-forme, pour s'apercevoir avec quelle tranquillité cette brave et hardie tribu des babouins et autres, dans laquelle nous aurions tort de projeter nos propres angoisses, passe ses journées à s'occuper d'un sexe rutilant, sans se préoccuper le moins du monde de ce que vont en penser les voisins, sauf à les aider à l'occasion dans leurs réjouissances collectives. Il y a un monde entre le rapport qu'entretient cette espèce animale, plus ou moins érigée dans sa stature, avec ce qui lui pend au bas du ventre, et le rapport qu'avec le même entretient l'homme. Primitivement et signalétiquement, ce rapport a fait du phallus l'objet d'un culte. Dès l'origine des âges, l'érection comme telle a été un signifiant, et ce n'est pas pour rien, nous le sentons, que, dans nos cultures très anciennes, la pierre levée a toute son incidence de signifiant dans le groupement de la collectivité humaine." (S.V, 25/06/1958)
Phallus, Objet
Au-delà des objets dits partiels induits de la vie corporelle du sujet et des éléments imaginaires qui interviennent dans la perception et la maîtrise du corps propre, il existe un objet primordial qui résulte spécialement de l'existence du signifiant et de son rapport avec le signifié : car celui-ci se dérobe sous la chaîne signifiante, glisse dans le sens contraire de celle-ci, de sorte qu'un objet doit se former "qui représente dans l'imaginaire ce qui toujours se dérobe", donc un objet de structure métonymique mais constant en tant que pôle d'identification du sujet, et "rapport foncier de l'homme à toute signification" (S.V, 05/02/1958) au niveau de l'imaginaire : cet objet est le PHALLUS.
"Cet objet, je l'appelle objet métonymique. Quel est son principe en tant que le sujet a un rapport avec lui ? Le sujet s'identifie imaginairement à lui d'une façon tout à fait radicale, et non pas à telle ou telle de ces fonctions d'objet qui répondrait à telle ou telle tendance partielle, comme on dit. Quelque chose nécessite qu'il y ait quelque part à ce niveau un pôle, qui représente dans l'imaginaire ce qui toujours se dérobe, ce qui s'induit d'un certain courant de fuite de l'objet dans l'imaginaire, en raison de l'existence du signifiant. Ce pôle est un objet. Il est pivot, central, dans toute la dialectique des perversions, des névroses, et même, purement et simplement, du développement subjectif. Il a un nom. Il s'appelle le phallus." (S.V, 05/02/1958)
Phallus, Imaginaire
Si les femmes sont vouées à imaginariser le PHALLUS comme objet de leur désir, ce n'est pas au sens où inévitablement, en quelque sorte mécaniquement elles devraient être envieuses de ce que la nature ne leur a pas donné, mais plutôt c'est parce que le phallus a pris dans le système signifiant une valeur symbolique cardinale que l'image s'impose à elle de façon prééminente.
"C'est bien pour des raisons qui sont de l'ordre de l'existence, de l'instance propre et comme telle du signifiant, c'est parce que le phallus a dans le système signifiant, une valeur symbolique, qu'il est ainsi retransmis à travers tous les textes du discours inter-humain d'une façon telle qu'il s'impose parmi les autres images, et d'une façon prévalente, au désir de la femme." (S.IV, 27/03/1957)
Phallus, Imaginaire
L'enfant réel peut symboliser, aux yeux de la mère, ce PHALLUS imaginaire qui est censé lui manquer ; par ailleurs, l'image narcissique de l'enfant se trouve directement impactée par ce fantasme maternel.
"L'enfant, en tant que réel pour la mère, prend pour elle la fonction symbolique de son besoin imaginaire." (S.IV, 12/12/1956)
Phallus, Femme
Avoir ou n'avoir pas le PHALLUS détermine toute la différenciation symbolique des sexes, puisque c'est bien de ce phallus symbolique dont la femme est privée (sinon il n'y aurait aucune raison d'en éprouver le manque, comme c'est patent à l'entrée de l'Oedipe) : symbolique au sens où s'agit d'une valeur instituée dans l'échange, avec cette propriété d'être ou présent ou absent, voire présent en tant qu'absent comme tout ce qui est transmissible. D'une certaine façon on peut prétendre que la femme l'a, le phallus, même si elle ne l'a pas, du seul fait d'intégrer et d'assumer - bien au-delà des relations entre un homme et une femme - la dimension symbolique dudit phallus, soit le registre symbolique tout court, avec les lois fondamentales qui en procèdent comme notamment l'interdiction de l'inceste. Enfin comme tout symbole, l'une des caractéristiques du phallus est de faire l'objet d'un don, d'un don d'amour, c'est pourquoi dans l'acte d'amour selon Lacan "il est clair que c'est la femme qui reçoit réellement, elle reçoit bien plus qu'elle ne donne" (S.IV. 30/01/1957), même si on dit qu'elle se donne, justement pour faire bonne mesure.
"C'est en tant qu'elle n'a pas le phallus, - c'est à dire sur le plan symbolique aussi en tant qu'elle l'a, - en tant qu'elle entre dans la dialectique symbolique d'avoir ou de n'avoir pas le phallus, c'est par là qu'elle entre dans cette relation ordonnée, symbolisée qu'est la différenciation des sexes, en tant qu'assurément elle est la relation inter-humaine en tant qu'assumée, c'est-à-dire en tant qu'elle est aussi disciplinée, typifiée, ordonnée, frappée d'interdits, marquée de la structure fondamentale de la loi de l'inceste par exemple." (S.IV. 30/01/1957)
Phallus, Femme
Ce PHALLUS imaginaire, les femmes le désirent non certes parce que l'organe pénien leur fait défaut (il y a des substituts, dont l'enfant), mais parce qu'il s'impose comme signifiant : signifiant du désir et signifiant du pouvoir indissociablement, il s'imposerait même si les lignées féminines devenaient prépondérantes au niveau des structures élémentaires de la parenté. Et quand bien même les femmes monopoliseraient l'intégralité du pouvoir politique, on ne pourrait éviter que le sceptre et le phallus ne se confondent - et pourquoi ? précisément parce que le contexte politique, c'est-à-dire l'ordre du pouvoir, c'est-à-dire le règne du signifiant, prime sur la parenté.
"Il s'agit maintenant de voir comment s'introduit dans cette dialectique de la frustration, le phallus. Là encore défendez-vous des exigences vaines d'une genèse naturelle, et si vous voulez déduire d'une quelconque constitution des organes génitaux, le fait que le phallus joue un rôle absolument prévalent dans tout le symbolique génital, simplement vous n'y arriverez jamais." (S.IV, 27/02/1957)
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