"La position du père comme symbolique ne dépend pas du fait que les gens aient plus ou moins reconnu la nécessité d'une certaine consécution d'événements aussi différents qu'un coït et un enfantement. La position du Nom-du-Père comme tel, la qualification du père comme procréateur, est une affaire qui se situe au niveau symbolique. Elle peut être réalisée selon les diverses formes culturelles, mais elle ne dépend pas comme telle de la forme culturelle, c'est une nécessité de la chaîne signifiante." (S.V, 22/01/1958)
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Père, Nom-du-Père
On définit la métaphore paternelle, sur la base d'une première symbolisation constituée entre l'enfant et la mère, comme "la substitution du père en tant que symbole, ou signifiant, à la place de la mère". La position du PERE comme tel, comme procréateur est une affaire symbolique répondant à une fonction universelle indépendante des particularités culturelles. La nomination du père, le Nom-du-Père, n'est rien d'autre qu'une nécessité de la chaîne signifiante, et c'est bien à l'intérieur d'une chaîne signifiante primitive, le triangle symbolique père-mère-enfant, que ce Nom vient prendre place.
Psychose, Nom-du-Père
La PSYCHOSE, si on la définit comme forclusion du Nom-du-père, peut être également définie comme absence de la loi - si ce n'est celle, primitive, de la mère.
"Dans la psychose, le Nom-du-Père, le père en tant que fonction symbolique, le père au niveau de ce qui se passe entre message et code, et code et message, est précisément verworfen. De ce fait, il n'y a pas ici ce que j'ai représenté en pointillés, à savoir ce par quoi le père intervient en tant que loi. Il y a l'intervention brute du message "ne pas" sur le message de la mère à l'enfant." (S.V, 29/01/1958)
Phallus, Imaginaire
L'enfant réel peut symboliser, aux yeux de la mère, ce PHALLUS imaginaire qui est censé lui manquer ; par ailleurs, l'image narcissique de l'enfant se trouve directement impactée par ce fantasme maternel.
"L'enfant, en tant que réel pour la mère, prend pour elle la fonction symbolique de son besoin imaginaire." (S.IV, 12/12/1956)
Mère, Symbolique
La MERE n'est pas seulement celle qui donne le sein à l'enfant, mais aussi celle qui lui donne accès au symbole, par la parole bien sûr, et par la grâce de toutes sortes d'actions symboliques, comme ces jeux d'occultation - si jubilatoires ! - qui simulent la présence/absence d'une mère toute-puissante, comme telle premier objet d'identification pour l'enfant.
"La mère n’est pas simplement celle qui donne le sein, je vous l’ai dit elle est aussi celle qui donne le seing de l’articulation signifiante, et pas seulement pour autant qu’elle parle à l’enfant… comme il est bien manifeste qu’elle lui parle, et bien avant qu’elle puisse présumer qu’il y entend quelque chose, de même qu’il y entend quelque chose bien avant qu’elle ne se l’imagine..." (S.VI, 19/11/1958)
Mère, Désir
Entre le moment où l'enfant perçoit la frustration, le désir insatisfait de la MERE, et son entrée dans l'Oedipe, se situe l'étape où il est tenté de se faire lui-même objet de satisfaction, mais un objet trompeur puisque ni lui ni la mère ne sont dupes sur sa capacité à assouvir un désir par nature inassouvissable. Dès lors s'ouvre la voie de la régression, notamment orale, transformant la mère inassouvie en bouche dévoreuse derrière toutes les personnifications fantasmatiques que permet, notamment, la phobie.
"Le trou béant de la tête de Méduse est une figure dévorante que l'enfant rencontre comme issue possible dans cette recherche de la satisfaction de la mère. C'est un grand danger qui est précisément celui que nous révèlent nos fantasmes." (S.IV, 27/02/1957)
Loi, Mère
L'accès au symbolique, donc à la LOI, donc à l'interdiction de l'inceste, ne nécessite pas l'intervention du père dans un premier temps ; il se fait à travers la demande de l'enfant adressée à la mère, demande déjà articulée dans le langage de celle-ci et dépendant entièrement de son désir, qui en l'occurrence fait loi. C'est alors que la parole du père, du moins quand elle n'est pas comptée pour rien mais au contraire acceptée comme médiatrice (par la mère - désignant le père comme énonciateur, d'où le "Nom-du-Père" - aussi bien que par l'enfant), vient interrompre cette situation où l'enfant n'était que l'"assujet" de la mère, dès lors que désormais celle-ci renvoie à une loi autre que la sienne et à un objet de désir autre que son propre enfant.
"La loi de la mère, c'est, bien entendu, le fait que la mère est un être parlant, et cela suffit à légitimer que je dise la loi de la mère. Néanmoins, cette loi est, si je puis dire, une loi incontrôlée. Elle tient simplement, au moins pour le sujet, dans le fait que quelque chose de son désir est complètement dépendant de quelque chose d'autre, qui, sans doute, s'articule déjà comme tel, qui est bien de l'ordre de la loi, mais cette loi est tout entière dans le sujet qui la supporte, à savoir dans le bon ou le mauvais vouloir de la mère, la bonne ou la mauvaise mère... Eh bien, je dis que l'enfant s'ébauche comme assujet. C'est un assujet parce qu'il s'éprouve et se sent d'abord comme profondément assujetti au caprice de ce dont il dépend, même si ce caprice est un caprice articulé... C'est ici qu'il convient de remarquer que cette Autre à laquelle il s'adresse, c'est-à-dire nommément la mère, a un certain rapport au père... Or, il ne s'agit pas tant des rapports personnels entre le père et la mère, ni de savoir si l'un et l'autre font le poids ou ne le font pas, que d'un moment qui doit être vécu comme tel, et qui concerne les rapports non pas simplement de la personne de la mère avec la personne du père, mais de la mère avec la parole du père - avec le père en tant que ce qu'il dit n'est pas absolument équivalent à rien... Ce qui est essentiel, c'est que la mère fonde le père comme médiateur de ce qui est au-delà de sa loi à elle et de son caprice, à savoir, purement et simplement, la loi comme telle. Il s'agit donc du père en tant que Nom-du-Père, étroitement lié à l'énonciation de la loi." (S.V, 22/01/1958)
Homosexualité masculine, Complexe d'Oedipe
L'HOMOSEXUALITE masculine est une inversion quant à l'objet, résultat d'un Oedipe accompli au sens où une loi a bien été reconnue, cependant pas au nom du père mais au nom de la mère. Celle-ci devient le pôle d'identification idéal pour l'enfant, qui au surplus demeure inféodé au phallus maternel.
"Si l'homosexuel, dans toutes ses nuances, accorde une valeur prévalente à l'objet béni au point d'en faire une caractéristique absolument exigible du partenaire sexuel, c'est en tant que, sous une forme quelconque, la mère fait la loi au père. Cela veut dire très précisément qu'au moment où l'intervention interdictive du père aurait dû introduire le sujet à la phase de dissolution de son rapport à l'objet du désir de la mère, et couper à la racine toute possibilité pour lui de s'identifier au phallus, le sujet trouve au contraire dans la structure de la mère le support, le renfort, qui fait que cette crise n'a pas lieu." (S.V, 29/12/1958)
Femme, Phallus
La FEMME, qui représente assidument le phallus maternel, il est certain que le sujet masculin ne veut pas la perdre !
"En fin de compte c’est de cela qu’il s’agit. Le sujet ne veut pas « perdre sa dame », dirons-nous, à la façon des mauvais joueurs d’échecs qui se figurent que perdre sa dame c’est perdre la partie, alors que gagner aux échecs, c’est en fin de compte arriver à ce que l’on appelle une fin de partie, c’est-à-dire avec le sujet, la faculté de déplacement la plus simple (...), et avec cela trouver l’avantage de la position. On a au contraire tout avantage dans l’occasion à sacrifier sa dame. C’est ce que ne veut en aucun cas faire le sujet parce que le signifiant phallus est ce qui pour lui est identique à tout ce qui s’est produit dans la relation à sa mère." (S.VI, 04/02/1959)
Désir, Mère
Loin de se limiter à la satisfaction des besoins, la relation de la mère à l'enfant révèle une première dimension symbolique puisque l'enfant se trouve sous la dépendance directe du DESIR de la mère (d'abord comme un être qui peut être là où n'être pas là) ; désir ouvrant un large horizon symbolique fait de paroles et d'échanges énigmatiques pour l'enfant, en sorte que le désir de ce dernier, à ce stade, ne saurait être que le désir du désir de la mère. Or l'étrange du désir de la mère, sur le plan imaginaire, nous le désignons par cet objet spécial qui est aussi signifiant, à savoir le phallus, spécial car "tellement marqué de la nécessité instaurée par le système symbolique". Un axe se dégage, puisqu'à la pointe du ternaire symbolique (enfant-mère, PERE) répond la pointe du ternaire imaginaire (enfant-mère, PHALLUS), les deux triangles formant la chaine signifiante complète ou chaine du désir.
"Voici donc ce que nous pouvons appeler le triangle symbolique, en tant qu'il est institué dans le réel à partir du moment où il y a chaîne signifiante, articulation d'une parole. Je dis qu'il y a une relation entre ce ternaire symbolique et ce que nous avons ici amené l'année dernière sous la forme du ternaire imaginaire pour vous représenter la relation de l'enfant à la mère, en tant que l'enfant se trouve dépendre du désir de la mère, de la première symbolisation de la mère comme telle, et de rien d'autre que de cela." (S.V, 22/01/1958)
Désir, Mère
Le DESIR semble aliéné au désir de la mère, exemplairement chez ces sujets vivant la dissociation de l'amour et du désir dans la fréquentation des prostituées - éternelles incarnations non pas directement de la mère mais du Phallus anonyme et universel, signifiant obligé du désir, rabattu en l'occasion sur la femme dépourvue de désir (en ceci substitut de la mère), simple objet de chair.
"Freud nous présente le désir de la mère comme étant au principe de ce ravalement pour certains sujets, dont on nous dit précisément qu'ils n'ont pas abandonné l'objet incestueux - enfin, qu'ils ne l'ont pas assez abandonné, car, en fin de compte, nous apprenons que jamais le sujet ne l'abandonne tout à fait... Ce sont des cas où Freud nous présente la dissociation de l'amour et du désir. Ces sujets ne peuvent envisager d'aborder la femme quand elle jouit pour eux de son plein statut d'être aimable, d'être humain, d'être au sens achevé, d'être qui, dit-on, peut donner et se donner. D'autre part, nous dit Freud, ces sujets trouveront le plaisir avec des prostituées. Qu'est-ce que cela veut dire? C'est pour autant que la prostituée est tout l'opposé de la mère... Ce que le sujet va chercher chez les prostituées en cette occasion, n'est rien d'autre que ce que l'Antiquité romaine nous montrait bel et bien sculpté et représenté à la porte des bordels - c'est à savoir le phallus -, le phallus en tant qu'il est ce qui habite la prostituée. Ce que le sujet va chercher chez la prostituée, c'est le phallus de tous les autres hommes, c'est le phallus comme tel, le phallus anonyme... D'un côté, ce qui peut se proposer dans notre interprétation même comme étant l'objet substitutif, la femme en tant qu'elle est l'héritière de la fonction de la mère, et qu'elle est dépossédée, frustrée de l'élément du désir. De l'autre, cet élément de désir lui-même, lié à autre chose d'extraordinairement problématique, et qui se présente lui aussi avec un caractère de masque et de marque, avec un caractère, disons le mot, de signifiant." (S.V, 16/04/1958)
Castration, Mère
La CASTRATION, paternelle, se substitue à une castration maternelle antérieure, dévorante et sans issue, tandis que sous l'égide du père le complexe d'Oedipe s'offre comme solution.
"La castration, on s'est aperçu qu'elle avait tout autant de rapport avec la mère qu’avec le père. La castration maternelle, nous la voyons dans la description de la situation primitive en tant qu'elle implique pour l'enfant la possibilité de la dévoration et de la morsure. Par rapport à cette antériorité de la castration maternelle, la castration paternelle en est un substitut qui n'est pas moins terrible peut-être, mais qui est certainement plus favorable parce que lui est susceptible de développement, au lieu que dans l'autre cas pour ce qui est de l'engloutissement et de la dévoration par la mère, c'est sans issue de développement." (S.IV, 05/06/1957)
Castration, Mère
La CASTRATION, comme processus, commence par une confrontation avec la mère phallique, avec laquelle l'enfant va s'identifier jusqu'à l'intervention du père et le complexe de castration proprement dit, dès lors que pointe dans le réel sa propre pulsion génitale, révélant le jeu de dupes antérieur. Le fantasme de la mère phallique, s'il n'est pas résorbé, ressortira sous la forme d'angoisses, fantasmes de dévoration, et autres manifestations phobiques (cf. cas du petit Hans).
"La découverte, et de la mère phallique pour l'enfant, et du pénis-neid pour la mère sont strictement coexistants... Où l'on voit que c'est dans la relation à la mère que l'enfant éprouve le phallus comme étant le centre du désir de la mère, et où il se situe lui-même en différentes positions, par où il est amené à maintenir, et très exactement à leurrer ce désir de la mère." (S.IV, 06/03/1957)
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