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Angoisse, Affect, Refoulement, Désir, 1962

L'angoisse n'est pas une émotion mais un affect. Concernant la nature de l'affect en général, accordons négativement que : 1) il ne correspond à rien de primitif ou d'immédiat, de "protopathique", dans le sujet, 2) et il ne subit aucun refoulement - plutôt une sorte de mouvement erratique -, ce sont ses représentants signifiants qui le sont. Mais la psychanalyse - qui n'est pas une psychologie mais une érotologie - n'a nul besoin d'une théorie général des affects pour désigner l'angoisse comme cet affect essentiel sur lequel se concentrent les effets parmi les plus indésirables... du désir précisément.


"Je n’ai pas pris cette voie dogmatique de faire précéder d’une théorie générale des affects, ce que j’ai à vous dire de l’angoisse. Pourquoi ? Parce que nous ne sommes pas ici des psychologues, nous sommes des psychanalystes ! Je ne vous développe pas une psychologie directe, logique, un discours de cette réalité irréelle qu’on appelle psyché, mais une praxis qui mérite un nom : érotologie. Ιl s’agit du désir, et l’affect par où nous sommes sollicités, peut-être, à faire surgir tout ce qu’il comporte comme conséquence universelle, non pas générale sur la théorie des affects, c’est l’angoisse."
LACAN, S.X, 21/11/1962

Préconscient, Pré-verbal

Le PRECONSCIENT, présenté comme domaine de l'affect et du préverbal, n'est certes pas structuré comme un langage (à la différence de l'inconscient), il participe pleinement du vécu intramondain dont il reproduit la structure globalement analogique, imaginaire et fantasmatique, où tout peut facilement s'échanger et s'inverser.

"Le « pré-verbal » c’est quelque chose qui est essentiellement lié dans la doctrine analytique au préconscient. C’est cette somme des impressions internes et externes dont le sujet peut supposer, à partir des relations naturelles, et si tant est qu’il y ait des relations chez l’homme qui soient tout à fait naturelles, mais il y en a, si perverties soient-elles. Tout ce qui est de l’ordre de ce pré-verbal participe à ce que nous pouvons appeler, si je peux dire, une Gestalt intramondaine... Là-dedans tout est possible... Nous sommes là dans ce que j’appellerai « le chatoiement innombrable de la grande signification affective ». Pour exprimer tout cela, les mots justement qui lui viennent en abondance, au sujet, sont là tous à sa disposition, et aussi parfaitement accessibles, aussi inépuisables dans leurs combinaisons que la nature à laquelle ils répondent." (S.III, 14/03/1956)

Colère, Réel

La COLERE est un affect provoqué par l'irruption du réel dans une (trop belle) trame symbolique.

"Il est fort difficile de ne pas s’apercevoir qu’un affect fondamental comme celui de la colère n’est pas autre chose que cela : le réel qui arrive au moment où nous avons fait une fort belle trame symbolique, où tout va fort bien, l’ordre, la loi, notre mérite et notre bon vouloir. On s’aperçoit tout d’un coup que les chevilles ne rentrent pas dans les petits trous !" (S.VI, 14/01/1959)

Affect, Symbolique

L'AFFECT n'est pas réductible à un obscur vécu sentimental, il touche à l'être du sujet dans sa dimension symbolique fondamentale - ou bien au contraire il témoigne d'une irruption du réel au coeur du même symbolique. 
 
"L’affect est toujours quelque chose qui se connote dans une certaine position du sujet par rapport à l’être, je veux dire par rapport à l’être en tant que ce qui se propose à lui dans sa dimension fondamentale est symbolique." (S.VI, 14/01/1959)