Ni le sujet ni l’Autre ne sont pleins ou consistants en eux-mêmes. Tous deux sont « barrés », divisés, traversés par le manque. Et cette division provient précisément de l’incidence de l’objet a. L’objet a n’est pas un troisième terme venant s’ajouter au sujet et à l’Autre ; il est ce qui empêche leur coïncidence pleine. Il introduit un écart irréductible : le sujet ne coïncide jamais avec lui-même ; l’Autre n’est jamais complet ; le désir circule dans cet intervalle. on ne peut pas montrer directement l’objet a, mais certaines structures permettent d’en figurer la fonction. Le tore est l’une de ces structures, une manière de penser un espace où le vide n’est pas périphérique mais central, générateur de structure. Ce qui intéresse Lacan, c’est précisément cette inversion : ce n’est pas la substance qui fonde la forme, c’est le trou qui organise tout le reste. On retrouve ici une idée fondamentale de tout son enseignement : le manque n’est pas une déficience secondaire de l’être humain ; il est la condition même du désir, du langage et du sujet.
“Si notre tore est efficace à représenter quelque chose, un enroulement répété, successif, comme du fameux serpent Amphisnène qui représente pour les Anciens quelque symbole de la vie, bref si ce tore a une valeur quelconque c’est justement parce que c’est cette structure topologique qui est marquée de cette chose centrale, qu’il est assurément bien difficile de cerner quelque part, puisqu’elle semble simplement n’être qu’une partie de son extérieur, mais qui incontestablement structure le tore très différemment d’une sphère… L’objet (a) c’est là, dans cet espace du trou qu’il est proprement, disons représentable, proprement de ce fait qu’il n’est aucunement représenté… L’objet (a) rejoignant ici sa plus universelle combinatoire, c’est ce qui est en jeu entre S et A en tant que aucun d’entre eux ne saurait coexister avec l’autre, sinon d’être marqué du signe de la barre, c’est à dire d’être en position de divisé précisément de l’incidence de l’objet(a).”LACAN, S.XIII, 01/06/1966
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