La demande anale représente un renversement complet par rapport à la demande orale, puisque d'une part l'initiative en revient à l'Autre, d'autre part l'objet n'est plus à quérir mais "proprement" à donner, ou à retenir - c'est la source de toute discipline ! -, en tout cas quelque chose à désigner comme "le point radical où se décide la projection du désir du sujet dans l’autre" dit Lacan. L'Autre en a le contrôle, en effet, et le sujet s'efface dans l'objet évacué comme tel : c'est en ce sens qu'on peut parler du désir comme prégénital, marqué par la dépendance à la demande, tout spécialement dans le cas du névrosé. Cela ne veut pas dire que le désir génital serait affranchi de la demande, il en dérive tout autant (il n'y a pas de désir naturel), mais à un autre niveau symbolique. C'est-à-dire que l'objet phallus n'est pas un mode (qui serait plus avancé) de l'objet petit(a) imaginaire, "c’est un objet privilégié dans le champ de l’Autre" précise Lacan, qui vient à symboliser ce qui manque dans l'Autre pour être l’A "de plein exercice, l’Autre en tant qu’on peut faire foi à sa réponse à la demande". Sauf que le désir de l'Autre, au-delà de toute demande et de toute réponse, reste une énigme, et cette énigme est au fondement de toute la dialectique de la castration concernant le sujet.
"Le désir naturel a - à proprement parler - cette dimension de ne pouvoir se dire d’aucune façon, et c’est bien pour ça que vous n’aurez jamais aucun désir naturel, parce que l’Autre est déjà installé dans la place, l’Autre avec un grand A, comme celui où repose le signe. Et le signe suffit à instaurer la question : « Che vuoi ? », « Que veux-tu ? » à laquelle d’abord le sujet ne peut rien répondre, toujours retardé par la question dans la réponse qu’elle postule... L’objet dont il s’agit, disjoint du désir, l’objet phallus, n’est pas la simple spécification, l’homologue, l’homonyme du petit(a) imaginaire où déchoit la plénitude de l’Autre, du grand A. Ce n’est pas une spécification enfin venue au jour de ce qui aurait été auparavant l’objet oral, puis l’objet anal... C’est un objet privilégié dans le champ de l’Autre. C’est un objet qui vient en déduction du statut de l’Autre, du grand Autre comme tel. En d’autres termes, le petit(a) au niveau du désir génital et de la phase de la castration, le petit(a), c’est le A moins phi : (a) = A – ϕ . En d’autres termes, c’est par ce biais que le ϕ (phi) vient à symboliser ce qui manque à l’A pour être l’A noétique, l’A de plein exercice, l’Autre en tant qu’on peut faire foi à sa réponse à la demande."LACAN, S.VIII, 15/03/1961