Le sujet n’est pas le support d’un système harmonieux de signifiants (une sorte de conscience bien ordonnée) ; le sujet est plutôt ce qui répond de la position du signifiant dans un système, la langue. Dans la formule “le signifiant est ce qui représente le sujet pour un autre signifiant”, c’est l’”autre” qui est important, et il y a toujours un autre. Le sujet lui-même ne se représente pas et il n’existe pas de signifiant qui représente définitivement le sujet. Il n’y a jamais coexistence pleine du sujet et du signifiant : soit le signifiant représente, et alors le sujet s’évanouit, soit le sujet apparaît, et alors le signifiant s’efface. Or le savoir se définit par la relation entre signifiants ; le sujet apparaît donc là où il manque quelque chose au savoir, manque à formuler comme un manque de signifiant. Lacan y voit le coeur de la découverte freudienne : à rebours de la tradition philosophique, Freud découvre un sujet constitué par un rapport au non-savoir, et plus encore structuré par un refus de savoir, à partir d’un signifiant rejeté (Verwerfung), dont on « ne veut rien savoir ».
“C’est dans l’ambiguïté du rapport d’un sujet au savoir, c’est dans le sujet en tant qu’il manque encore au savoir, que réside pour nous le nerf, l’activité, de l’existence d’un sujet. C’est bien en quoi ce n’est pas en tant que support supposé d’un ensemble harmonieux de signifiants du système, que le sujet se fonde, mais pour autant que quelque part il y a un manque, que j’articule pour vous comme étant le manque d’un signifiant parce que c’est cette articulation qui nous permet de rejoindre de la façon la plus simple, l’articulation freudienne pour en dégager le ressort essentiel… Ce que Freud nous définit comme sujet, c’est ce rapport nouveau, original, impensable avant sa découverte, mais affirmé, d’un sujet à un non-savoir.”LACAN, S.XII, 12/05/1965
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